G) — TRAITEMENT
Isolement, aussitôt que possible, dans un étabUssement spécial. Durant l'accès, ahtement méthodique lorsqu'il est praticable, emploi des calmants de toute sorte, surtout des bains prolongés pendant plusieurs heures, et aussi du balancement et du bercement, déjà utilisés autrefois par les psychiatres romains et récemment préconisés à nouveau par P. CouRBoN lE. 1910). Contre l'agitation et l'insomnie, bromures, chloral, paraldéhyde, méthylal, sulfonal, trional, véronal, hyosciamine, hyoscine, duboisine, etc., ces dernières maniées avec prudence, surtout en injections sous-cutanées. Dérivatifs sur le tube intestinal. Lorsqu'on craint le passage à l'état chronique, on peut essayer une révulsion énergique et établir une suppuration artificielle. Traitement des symptômes. Dans le cas de refus d'aliments persistant, ahmentation forcée et, lorsque cela est absolument nécessaire par suite de la trop grande agitation ou de la trop grande violence, contention
médicalement ordonnée et surveillée par la oamisolo de toile à longues manches.
.i; 2 — MANIE SUBAIGUE (EXCITATION MANIAQUE, HYPOMANIE
La manie subaiguë ou excitation maniaque n'est pas seulement le premier degré de la manie typique. Elle forme dans le cadre nosologique une variété à part, ayant ses symptômes et son existence propre.
1" Étiologie. — L'excitation maniaque reconnaît les mêmes causes que la manie aiguë et la folie en général ; elle relève plus souvent de Vhérédité que la manie franche, et on peut dire que la plupart des excités maniaques sont des héréditaires.
2*^ Description. — L'excitation maniaque présente une infinité de degrés ; elle va depuis la simple suractivité du fonctionnement physiologique de l'intelligence jusqu'à l'excitation désordonnée de la manie aiguë.
Au degré le plus inférieur, elle n'est qu'une simple exagération de l'activité psychique, et, à ce titre, peut faire partie intégrante de la constitution de certains individus qui sont, toute leur vie, des excités.
A un degré plus élevé, l'excitation maniaque est franchement pathologique et s'accompagne de symptômes très nets.
Dans la sphère intellectuelle, toutes les facultés sont dans un état d'exaltation extrême, h' imagination surexcitée fait concevoir aux malades mille projets, aussitôt abandonnés que conçus ; ce sont des combinaisons d'affaires, des projets poHtiques et sociaux, des inventions, des idées scientifiques, artistiques, littéraires, qui surgissent en foule, mais qui diffèrent très nettement des idées déhrantes de la manie aiguë en ce que, quoique pour la plupart irréalisables, ils n'ont rien en euxmêmes d'absurde et se meuvent constamment dans la sphère des choses possibles. Souvent même, en raison de l'état d'exaltation des facultés, ils offrent un cachet d'originalité, de nouveauté, de distinction et de supériorité qui les rend vraiment
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remarquables. On a vu des malades, dans cet état, réaliser des inventions utiles, trouver des solutions importantes, mettre au jour des productions de haute valeur, en un mot, se montrer plus intelligents et plus féconds qu'ils ne l'avaient jamais été.
La mémoire est non moins surexcitée (hypermnésie) ; elle l'est quelquefois à tel point que tous les souvenirs, même ceux qui paraissent le plus oubliés, se reproduisent en foule, et qu'on voit les malades réciter de longues tirades d'auteurs classiques, faire, dans toutes les langues et dans toutes les sciences, les citations les plus exactes et les plus justes, indiquer des noms, des dates et des chiffres avec la précision la plus surprenante ; en un mot, étaler en détail et sans en perdre aucune toutes les notions, petites ou grandes, qu'ils ont acquises depuis leur naissance.
Quant à la nature des idées elles-mêmes, elle est extrêmement mobile et variable. Les conceptions qui prédominent sont les idées d'orgueil, d'ambition, de fortune, de per*sécution vague, etc. ; mais elles se maintiennent en général dans les limites de la cohérence, et il tl\ a pas, à proprement parler, de déhre.
Dans certains cas, toutefois, l'excitation des facultés devient plus grande encore et il s'y joint un véritable délire, toujours à demi-cohérent, qui revêt le plus souvent la forme ambitieuse, et se traduit par des idées d'invention, de haute politique, d'érotisme, etc. C'est ce qui avait fait distinguer, autrefois, plusieurs variétés de manie intellectuelle, qu'on appelait, suivant la forme des idées prédominantes, manie ambitieuse, manie des inventeurs, manie erotique, etc. Lorsque l'excitation maniaque s'accompagne ainsi de délire, il s'y joint, assez souvent, comme dans la manie aiguë, des illusions sensorielles et mentales, mais bien moins déraisonnables. Jamais il n'y a d'hallucinations, à moins qu'il n'existe, en même temps, un autre état morbide surajouté.
Dans la sphère ajfecti'y;e, la surexcitation se traduit, en général, par un développemerit plus ou moins marqué des mauvais sentiments et des mauvais instincts. Les excités maniaques sont pour la plupart méchants, orgueilleux, processifs, prodi-
MANiE 2^j1
gues, obscènes, haineux, emportés, même violents. Ils se plaisent à tourner tout le monde en ridicale, à. tramer des perfidies, et sont merveilleusement servis, dans ces tendances perverses, par la lucidité et l'excessive finesse de leur esprit. En même temps, ils ont une propension souvent très marquée au mouvement, au scandale, à la dipsomanie, à l'érotisme, surtout lorsque l'accès revêt une forme aiguë. Ce n'est guère que dans la paralysie générale que l'excitation maniaque peut se traduire par une surexcitation affective opposée, c'est-à-dire par des dispositions généreuses et par une excessive philanthropie.
Dans la sphère psycho-motrice il y a excitation générale, mais modérée, cohérente et toujours bien différente de l'agitation incoercible de la manie aiguë. Cette excitation se manifeste surtout du côté du langage et on peut dire que, le plus souvent, la verve des hypomaniaques est intarissable.
Loquaces au plus haut degré, ils s'expriment avec une facihté extraordinaire, souvent même avec élégance et recherche ; leurs discours sont émaillés de traits d'esprit, de fines railleries, de plaisanteries caustiques, d'anecdotes pleines d'intérêt. Il en est de même de leurs écrits et de leurs autres productions- intellectuelles, qui, toutes, portent la marque de cette exaltation brillante des facultés.
Physiquement, l'hypomanie s'accompagne presque toujours d'une excitation des fonctions physiques. Il s'y joint parfois des phénomènes de congestion passagère, tels qu'inégalité pupillaire, tremblement, légère hésitation de la parole, qui comphquent d'autant plus le diagnostic que l'excitation maniaque est assez souvent symptomatique d'une paralysie générale au début.
3'^ Marche, durée, terminaison. — L'accès d'excitation maniaque affecte à peu près la même marche et la même durée que la manie aiguë. Sa terminaison la plus fréquente est la guérison ; elle passe rarement à l'état chronique; quelquefois elle peut être remplacée par un accès de manie aiguë.
4'^ Pronostic. — Si Ton ne considère que l'accès en luimême, le pronostic est des plus favorables ; il faut se rappeler
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toutefois que l'excitation maniaque est très fréquemment la première étape d'une folie à double forme ou d'une manie intermittente, quand elle n'est pas symptomatique d'une paralysie générale commençante ou de V hystérie, ce qui modifie sensiblement le pronostic.
5'^ Anatcmie pathologique. — Rien à signaler à ce point de vue, si ce n'est une hyperémie cérébrale plus légère encore que dans la manie. Les autopsies, d'ailleurs, sont très rares dans cette affection.
6" Diagnostic. — L'excitation maniaque, avec ses symptômes pathognomoniques de suractivité intellectuelle, se reconnaît d'elle-même. Il n'est guère possible de la confondre avec la manie aiguë, dont elle se sépare par l'absence d'agitation désordonnée, ni avec le délire ambitieux (folie sj'stématisée) qui, lui, en dehors de ses autres caractères, n'est presque jamais primitif. Il est bien plus difficile de distinguer l'état morbide auquel elle se rattache, surtout lorsqu'il s'agit d'une folie à double forme ou d'une paralysie générale commençante. Il faut se rappeler que dans la fohe à' double forme les signes physiques de congestion font plus souvent défaut, que les conceptions n'y sont jamais absurdes et démentes, enfin que les malades sont foncièrement méchants et dangereux. Nous reviendrons plus loin sur ces caractères dans la paralysie générale.
1" Traitement. — Presque toujours, lorsque l'excitation maniaque atteint un certain degré d'acuité, on est obligé de recourir à l'internement, en raison des dangers que les malades font courir à leurs familles et à la société. Pour le reste, le traitement est le même que dans la manie aiguë.
A R T 1 c I. E II MAMK CIIKUMOI i:
^ La manie chronique est rarement primitive. Elle succède habituellement à la manie^ aiguë^dont^elle constitue, comme