MANIE
nous l'avons dit, l'un des modes de terminaison. On peut Tenvisager séparément suivant qu'elle se présente sous la forme simple ou avec du délire systématisé secondaire.
% i — MANIE CHRONIQUE SIMPLE
La manie chronique simple se caractérise essentiellement par la persistance indéfinie, et sous une forme atténuée, des symptômes de la manie aiguë.
Il y a, en effet, chez elle, surexcitation désordonnée des facultés, hyperfonctionnement de Vassociation cérébrale automatique, illusions, logorrhée et graphorrée incohérentes, exubérance des actes, mais à un degré moindre. De plus, le sommeil, quoique toujours troublé, est moins nul, la santé générale et Vembonpoint sont meilleurs, les fonctions organiques s'accomplissent mieux, la menstruation est généralement rétablie.
Toutefois, de temps à autre, l'excitation habituellement modérée de la manie chronique est entrecoupée, à intervalles variables, par des phases de paroxysmes rappelant l'ancienne forme aiguë.
L'état de foUe, chez les maniaques chroniques, ne paraît plus être une maladie contre laquelle l'organisme réagit et se défend ; cet état de folie s'est identifié à l'individu, doivt il constitue visiblement, désormais, le véritable tnoi.
Ces maniaques chroniques, vieux fonds des Asiles et des Maisons de santé, tombent progressivement dans une sorte d'existence automatique, faite d'idées, de langage et d'actes très limités, toujours les mêmes, de véritables stéréotypies. Chacune de leurs journées est exactement semblable à celle de la veille ; à force de s'asseoir ou de marcher à la même place, ils finissent par y incruster la place de leur corps ou de leurs pas.
A les voir rétrécis de la sorte dans leur activité psychomotrice et si complètement passés à l'état d'automates, on ne peut s'empêcher de les considérer comme déjà en pleine démence. C'est souvent une erreur. J'ai pu m'assurer que beaucoup d'entre eux avaient conservé, sous ce néant apparent de toute vie psychique, la pjupart de leurs facultés. J'ai vu notam-
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ment un maniaque chronique typique placé depuis quarante ans dans une Maison de santé, où personne ne faisait plus guère attention à lui et où il ne faisait attention à personne, réfugié à l'écart dans son étroit sillon de vieux vésanique. Or, cet homme était, en réahté, l'histoire vivante des quarante années de l'Etablissement, au sujet duquel il pouvait fournir les renseignements les plus détaillés et les plus précis, saisis par lui, on ne sait comment, dans ce détachement apparent de tout l'extérieur.
Les maniaques chroniques ne sont donc pas tous des déments vrais et je crois que c'est là une étiquette qui leur est appliquée indistinctement avec trop de facilité.