MANIE CHRONIQUE AVEC DÉLIRE SYSTÉMATISÉ SECONDAIRE
Cette forme de manie chronique ne diffère pas de la précédente au point de vue de ses caractères généraux, qui sont sensiblement les mêmes.
Ce qui la distingue essentiellement, c'est son délire.
Nous avons vu qu'il n'existe pas à proprement parler de délire dans la manie aiguë, tellement les idées y sont mobiles et variables. Elles n'ont pas le temps de se fixer et de prendre corps dans l'esprit du sujet.
Or, l'un des effets du passage de la manie aiguë à l'état chronique, c'est de rendre les idées moins mobiles et de permettre par suite à un thème délirant de s'organiser.
Cette organisation se fait, le plus souvent, par la persistance et le développement, au miheu de la fuite générale des idées, d'une des catégories de conceptions maladives qui ont traversé, durant l'état aigu, l'esprit du sujet. Pour une raison quelconque, idiosyncrasie ou circonstances de la vie antérieure, cette catégorie de conceptions a eu plus de tendance que les autres à survivre et, au fur et à mesure qu'elle reste seule, elle arrive à se constituer enune synthèse de plus en plus nette et de plus en plus fixe.
On voit ainsi tel individu qui, durant la phase d'acuité de sa
manie, avait présenté un polyidéisme absolu, verser, après son passage à l'état chronique, dans un délire systématisé de persécution, d'invention et surtout de grandeur.
C'est ce qu'on appelle le délire systématisé secondaire postmaniaque, parce que, au lieu d'être primitif, comme le délire systématisé de la psychose progressive essentielle, il est consécutif à un accès de manie ai-guë.
Certains auteurs, Tanzi et Riva en particulier, ont émis une théorie ingénieuse relativement à ce délire. Ils estiment que le délire systématisé est toujours secondaire à une psychose généralisée, manie ou mélancolie, soit qu'il survienne d'emblée chez un individu dont un des ascendants a fourni la première étape maniaque ou mélancolique, soit qu'il succède chez le même individu à une étape de ce genre, en raison d'une prédisposition spéciale au déhre systématisé ou paranoïa, appelée constitution paranoienne.
Ces vues ont été très bien exposées dans le rapport d'A\- GLADE au Congrès de Marseille (1899) sur les délires systématisés secondaires.
Ce n'est là qu'une pure hypothèse. Ce qui est certain, c'est que, chez un assez grand nombre de maniaques chroniques, le déhre, ordinairement de nature ambitieuse, revêt une forme plus ou moins systématisée et que, faute de connaître le passé de ces malades, on peut les prendre pour des délirants systématisés primitifs et essentiels.
Il faut dire toutefois que le délire n'est jamais, dans ces cas, aussi nettement systématisé ni aussi franchement hallucinatoire et qu'il s'accompagne d'autre part de rehquats maniaques qui permettent d'étabhr le diagnostic.
Quelle que soit sa forme, la manie chronique est incurable. Lorsque la mort ne survient pas par suite d'une complication viscérale ou cérébrale, elle se termine finalem- nt par la démence qui porte alors le nom de démence maniaque en raison de son origine et de la persistance, au miheu de la ruine intellectuelle des malades, de certains symptômes rappelant l'état de manie ancien. La vie peut ainsi se prolonger pendant de longues années.
La mélancolie simple, comme la manie, comprend deux types ou espèces : l*^ la mélancolie aiguë ; 2^ la mélancolie chro-
n ique.
ARTICLE PREMIER
M É L A X C 0 LIE AI G l E
Nous décrirons successivement dans la mélancolie aiguë : 1° la mélancolie aiguë typique, avec ses formes délirante, anxieuse, avec stupeur ; 2'' la mélancolie subaiguë ou dépression mélancolique (mélancolie avec conscience).