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MÉLANCOLIE CHRONIQUE AVEC DÉLIRE SYSTÉMATISÉ SECONDAIRE

Cette forme de mélancolie chronique est plus fréquente que la forme simple. Anglade admet trois catégories de déhres sj'stématisés post-mélancoliques : 1° ceux qui représentent une ou plusieurs des conceptions déhrantes développées pendant le stade mélancolique, qui lui survivent, quelquefois même aux troubles sensoriels dont elles sont l'expression ; 2° ceux qui prennent les allures des psychoses systématisées progressives ; 3° ceux, enfin, qui ont un caractère exclusivement dépressif. Nous distinguerons simplement, ici, les délires systématisés qui succèdent au type délirant et ceux qui succèdent au type anxieux de la mélancohe aiguë.

Dans la forme délirante, il s'agit généralement de malades chez lesquels les idées délirantes, idées de persécution et idées rehgieuses surtout, étaient déjà très marquées durant l'accès aigu.

Celui-ci terminé, et tandis que tous les autres symptômes de l'accès s'atténuent peu à peu, les idées déhrantes au contraire persistent en prenant un caractère de plus en plus homogène, de plus en plus fixe, de plus en plus hallucinatoire même, si bien qu'elles arrivent à constituer un véritable délire systématisé qui porte le nom de délire systématisé secondaire postmélancolique, pour le différencier à la fois du déhre systématisé primitif et du déhre systématisé post-maniaque.

Le délire systématisé secondaire à la mélancohe anxieuse

aiguë est plus connu que le précédent depuis les travaux de GoTARD. C'est le délire de négation systématisé chronique, dans lequel les malades répètent qu'ils sont morts, décomposés, bouchés, anéantis, qu'ils n'ont ni âge, ni sexe, ni nom, qu'ils n'existent pas, que rien n'existe. Ce délire s'accompagne nécessairement d'une altération plus ou moins profonde, plus ou moins complète de la personnalité, par inexistence, changement, transformation, substitution ou dédoublement (délire métabolique de la personnalité).

Certains de ces malades guérissent (voy. p. 602 j. D'autres au bout d'un temps plus ou moins long, versent dans ces idées de grandeur mélancolique que Cotard a réunies sous le nom de délire d'énorniité. Ils remplissent le monde ; ils ont toujours existé ; ils sont l'Antéchrist, le Juif-Errant, etc.

Ce n'est pas seulement dans la mélancolie anxieuse chronique envisagée par Cotard que peuvent se manifester ces idées de grandeur, mais dans toute mélancohe chronique. Le malade dira, par exemple, qu'il doit des millions et des milliards. Ou bien, il écrira aux chefs d'Etat pour leur exposer ses tristes souffrances. C'est ce genre de déhre auquel je donne surtout le nom de délire mégalo-mélancolique pour marquer d'un mot que, tout en étant un déhre de grandeur, il reste toujours un délire mélancolique.

Magalhaes Lemos, qui est revenu sur cette question au Congrès international de Madrid (1903), dit aussi que les mélancoliques peuvent arriver au délire de grandeur, non seulement par le déhre de négation de Cotard, mais aussi par le délire habituel de culpabilité ; et il cite un de ses malades qui prononçait cette phrase typique, en se mettant à genoux devant lui : « Vous avez l'univers agenouillé à vos pieds. :>

La mélancolie chronique, simple ou avec délire systématisé secondaire, est incurable. Elle peut se prolonger indéfiniment et vei*ser à la longue dans une démence spéciale (démence mélancohque), ou se terminer, à un moment quelconque de son cours, par la mort (suicide, maladie chronique des viscères, affection aiguë incidente).

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