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CHAPITRE IV CONFUSION MENTALE

C'est une histoire peu commune que celle de la confusion mentale et bien faite pour mettre en lumière la fragilité de nos théories en matière nosographique.

Signalée en France au début du xix^ siècle par Pinel et EsQuiROL qui, en raison de son symptôme dominant, la faiblesse de l'activité psychique, y voyaient l'un une forme « d'idiotisme », l'autre une « démence aiguë », elle fut étudiée sous le nom de stupidité par Georget, Ferrus, Etoc-Demazy, qui mirent en lumière ses caractères principaux.

La constitution de la stupidité en entité clinique spéciale paraissait donc se faire par degrés, lorsque Baillarger, en 1843, s'efforça d'établir que cet état n'était que le degré extrême de la mélancolie aiguë, la mélancolie avec stupeur^ s'appuyant pour le démontrer sur ce fait que, derrière l'apparente suspension de la pensée, il existait un délire hallucinatoire très actif de nature mélancolique.

Du coup, la stupidité, noyée dans la mélancolie avec stupeur, disparut de notre cadre clinique malgré les efforts de quelques auteurs : Sauze, Dagonet et surtout Delasiauve qui, tout en faisant la part, dans la stupidité, de ce qui appartenait à la mélancolie avec stupeur, essayait de reconstituer, avec les débris restants, l'ancienne maladie, sous le nom de confusion mentale.

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Il a fallu que Chaslix, retrouvant dans la psychiatrie allemande la distinction des deux types cliniques adoptés par Delasiauve : la mélancolie avec stupeur et la confusion mentale, celle-ci sous le nom d'Amentia, de Verwirtheit, réimportât dans notre pays ce produit français dont la fortune, depuis son exode d'Outre-Rhin, n'a fait que grandir, grâce surtout à ses remarquables travaux, à ceux de SécLAS et à ceux aussi de la Clinique psychiatrique de Bordeaux.

Cette remise en lumière de la confusion mentale a eu incontestablement sur le mouvement actuel de la psychiatrie une influence des plus heureuses. Son étude, celle du délire onirique et celle de la démence précoce, toutes trois contemporaines, ne tendent à rien moins, en effet, qu'à transformer la médecine mentale, en l'orientant, comme a dit excellemment Masselon et comme l'a maintes fois depuis répété Damaye, vers les grandes et fécondes théories des infections et des auto-intoxications, et par suite, en la faisant rentrer plus avant dans le domaine de la Médecine générale.

Apres mûre réflexion, et considérant que ces trois états psychopathiques : confusion mentale, délire onirique, démence précoce, sont reliés entre eux par une infinité de caractères communs, en particuher par leur origine probable et par leurs symptômes essentiels, je crois qu'il est permis de voir en eux les diverses modalités cérébrales sous lesquelles se manifestent ordinairement les infections et les intoxications, c'est-àdire des psychoses toxiques, susceptibles d'être groupées cliniquement autour d'un type fondamental.

C'est cette sorte de synthèse clinique des psychoses toxiques que je vais essayer de résumer ici. Il m'a paru que, appuyée sur des données tout au moins vraisemblables, elle aurait pour avantage de présenter au lecteur une vue d'ensemble relativement claire d'états morbides encore mal définis.

Je décrirai donc dans ce chapitre, sous le titre générique de Confusion mentale : 1° la confusion mentale typique; 2° la confusion mentale aiguë ; 3'^ la confusion mentale chronique. A côté, et dans le chapitre suivant, prendra place la Démence précoce, très voisine, comme nous l'avons dit, de la confusion

mentale mais qui, en raison de son importance, mérite une description à part.

ARTICLE PREMIER

' La confusion mentale primitive idiopathique est une affection, ordinairement aiguë, consécutive à l'action d'une xause ordinairement appréciable, en général une infection, qui se caractérise par des phénomènes somatiques de dénutrition et des phénomènes mentaux; le fond essentiel de ceux-ci, résultat premier de l'état somatique, est constitué par une forme d'affaiblissement et de dissociation intellectuelle, confusion intellectuelle, confusion mentale, qui peut être accompagnée ou non de délire, d'hallucinations, d'agitation ou, au contraire, dinertie motrice avec ou sans variations marquées de l'état émotionnel > (Chaslix).

Nous adopterons, à notre tour, la définition suivante : La confusion mentale est une psychose généralisée caractérisée par une torpeur, un engourdissement toxique de l'activité psychique supérieure poussé parfois jusqu'à la suspension, accompagné ou non d'automatisme onirique délirant, avec réaction adéquate de l'activité générale et des diverses fonctions de l'organisme.

A) - ÉTIOLOGIE

Les influences héréditaires vésaniques ne jouent ici qu'un rôle secondaire. Les influences héréditaires diathésiques sont plus importantes. Le rôle principal appartient aux causes occasionnelles, se résumant dans l'une d'elles, capitale : V intoxication ou V infection, sous toutes ses formes. Le sexe féminin, l'âge avancé, l'artério -sclérose, l'hystérie, l'alcoolisme, les shocks traumatiques, physiques et psychiques, etc., y exposent tout particuhèrement.

En somme, comme nous l'avons rappelé récemment encore (Régis et Hesnard, Traité internat, de Psychol. pathol.,

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vol. II, 1911), la confusion mentale est la psychose type des exo-intoxications, des auto-intoxications (ancienne folie diathiésique, viscérale, sympathique), des infections aiguës et chroniques, partout et toujours la même sous ses diversités symptomatiques, et qu'on retrouve, avec ses caractères fondamentaux, aussi bien dans la presbyophrénie et dans la psycho-polynévrite, que dans les psychoses puerpérale, traumatique, paludique, insolatoire, etc., etc.

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