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CHAPITRE PREMIER

plus en plus éloignés dans le temps et l’espace, et les saisit par des processus de raisonnement de plus en plus complexes et précis.

La fin première et fondamentale de la vie psychique est donc la conservation et la défense de 1 individu. Mais là ne s’arrête point sa fécondité, qui se manifeste encore par des phénomènes secondaires et accidentels fort nombreux ; elle peut même, si elle • est mal « adaptée », amener la destruction de l’être qu’elle doit servir. Prise dans son sens le plus large, la psychologie devrait étudier toutes les espèces d’activités mentales, celles qui sont inutiles et nuisibles aussi bien que celle qui est « adaptée ». Mais l’étude des activités « nuisibles » de la vie psychique est l’objet d’une branche spéciale, la « Psychiatrie », science des maladies mentales, et l’étude de l’activité « inutile » est renvoyée à !’« Esthétique ». Esthétique et Psychiatrie n’auront aucune place dans ce livre.

Tous les états mentaux, utiles, inutiles ou nuisibles, déterminent une activité corporelle. Ils amènent des changements invisibles dans la respiration, la circulation, la tension musculaire générale, l’activité glandulaire ou viscérale, alors même qu’ils ne provoqueraient pas de mouvements visibles dans les muscles de la vie volontaire. Ainsi, non seulement des états de conscience privilégiés (telles les voûtions, par exemple), mais tous les états de conscience, à titre d’états de conscience, fussent-ils de pures pensées ou de purs sentiments, provoquent des mouvements. On le verra plus clairernent et avec détail à mesure que cette étude avancera. Posons ce fait, en attendant, comme l’un des faits fondamentaux de la science psychologique.

Nous avons dit plus haut qu’il fallait étudier les (( conditions » des états de conscience. La condition immédiate d’un état de conscience est une activité

INTRODUCTION

déterminée des hémisphères cérébraux. Cette propos!-# tion est fondée sur tant de faits pathologiques, elle sert si souvent de base aux raisonnements des physiologistes, qu’elle est presque un axiome pour tout esprit initié aux études médicales. Il serait difficile cependant d’établir par une preuve brève et péremptoire une dépendance absolue de l’activité mentale par rapport aux changements nerveux. Au moins ne peut-on ignorer l’existence d’une certaine dépendance empirique et générale. Pour comprendre à quel point notre esprit est à la merci des accidents physiologiques on n’a qu’à considérer avec quelle rapidité un coup sur la tête, une hémorragie soudaine, une crise d’épilepsie, une dose exagérée d’alcool, d’opium, d’éther ou de protoxyde d’âzote, abolissent la conscience (pour autant que nous en pouvons juger), et avec quelle facilité l’altèrent de moindres doses de ces substances, de moindres accidents, ou même une simple fièvre. Quand les circonstances s’y prêtent, une légère obstruction du canal biliaire, une gorgée de purgatif, une tasse de café fort suffisent pour changer du tout au tout à ce moment-là les idées d’un homme sur la vie. L’état de notre circulation fait plus que nos principes rationnels pour déterminer notre humeur et nos résolutions : on est à l’occasion un héros ou un lâche selon ses « nerfs ». Dans nombre de cas de folie (non pas dans tous évidemment) on a trouvé des altérations visibles dans les tissus du cerveau. La destruction de telle partie des hémisphères entraîne la perte de telle mémoire ou de telle habitude motrice (nous retrouverons ces phénomènes à propos des aphasies). Si maintenant l’on réunit tous les faits de cet ordre, une conception simple et radicale se fait jour dans l’esprit : l’activité mentale pourrait bien n’être partout et toujours qu’une fonction de l’activité cérébrale, variant avec elle, et

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