L HABITUDE
plasticité de cette sorte ; nous pouvons donc sans hésitation établir ce premier principe ; les phénomènes d'habitude sont dus chez les êtres vivants à la plasticité des matériaux organiques dont leurs corps sont composés.
La philosophie de l’habitude est donc essentiellement un chapitre de la physique beaucoup plus qu’un chapitre de la physiologie ou de la psychologie. C’est l’avis de tous les écrivains de valeur qui se sont occupés du sujet en ces derniers temps. Ils attirent l’attention sur l’analogie qui existe entre les habitudes de la matière morte et celles de la matière vivante. C’est ainsi que M. Léon Dumont écrit :
« Tout le monde sait qu’un vêtement, après avoir été porté un certain nombre de fois, se prête mieux aux formes du corps que lorsqu il était neuf, il y a eu un changement dans le tissu, et ce changement est une habitude de cohésion. Une serrure joue mieux après avoir servi ; il a fallu d’abord plus de force pour vaincre certaines résistances, certaines aspérités du mécanisme ; cette destruction des résistances est un phénomène d’habitude. On a moins de peine à replier un papier dans le sens où il a ete déjà plié antérieurement;... de même les impressions des'objets extérieurs se façonnent dans le système nerveux des voies de mieux en mieux appropriées, et ces phénomènes vitaux se reproduisent sous des excitations semblables après avoir été interrompues
un certain temps (1). »
Ceci n’est pas spécial au système nerveux. ^ importe quelle cicatrice constitue n’importe ou elle se trouve un «lieu de moindre résistance», plus sujet aux corrosions, aux inflammations, à la douleur et au
(1) Léon Dumont, De VHabilude, dans la Revue philosophique, I, P- 323