CHAPITRE X
froid que ne le sont les parties d’alentour. Une cheville foulée, un bras démis sont exposés à être foulés et démis à nouveau ; des articulations attaquées une fois par la goutte ou par un rhumatisme, des membranes muqueuses qui furent le siège d’un catarrhe, sont toujours à la veille d’une rechute, si bien que souvent la maladie devient chronique et se substitue à la santé comme état normal. On sait également que dans le système nerveux lui-même de nombreux malaises fonctionnels semblent continuer uniquement parce qu’ils ontune fois commencé, et qu’une médication énergique appliquée dès les premières attaques enraye le mal et permet aux forces physiologiques de reprendre possession du terrain et de restituer les organes à leurs fonctions de santé. Les épilepsies, les névralgies, les diverses affections convulsives, les insomnies en sont autant d’exemples. Enfin, et pour nous en tenir à des habitudes plus authentiques, on sait qu’on peut souvent guérir des malheureux adonnés aux passions malsaines, ou simplement trop enclins à la colère ou aux jérémiades, rien qu’en les « sevrant » de leurs satisfactions accoutumées ; tant il est vrai que jusqu’à ces manifestations morbides elles-mêmes tiennent à la simple inertie des organes nerveux, impuissants à quitter une mauvaise voie une fois qu’ils y sont engagés.
Les habitudes sont conditionnées par des voies de passage à travers les centres nerveux. — S’il faut chercher la cause des habitudes dans la plasticité de la matière aux influences externes, nous pouvons immédiatement déterminer pour la matière cérébrale les influences possibles. Éliminons d’emblée les pressions mécaniques, les variations de température et toutes les forces dont sont tributaires les autres organes de notre corps : car, nous l’avons vu (p. 11), la nature a tellement bien emmailloté et enclos le
l’habitude
cerveau que nulle impression n y peut pénétrer sinon par la voie du sang ou par la voie des nerfs. C’est par cette dernière voie qu’entrent, extrêmement atténués, les courants auxquels l’écorce cérébrale se montre si particulièrement sensible. Une fois entrés, ces courants doivent trouver ou se frayer un chemin de sortie; et ils laissent des traces le long du chemin suivi. Bref, tout ce qu’ils peuvent faire c’est, ou de recreuser de vieux chemins ou d’en percer de nouveaux ; et toute la plasticité du cerveau se résume en deux mots : c’est un organe où des courants venus , des sens tracent avec une extrême facilité des voies qui ne disparaissent pas aisément. Car une habitude aussi simple que celle de priser, par exemple, ou de mettre ses mains dans ses poches, ou de se mordre les ongles, n’est évidemment du point de vue mécanique, et comme tout phénomène nerveux, qu’une décharge réflexe ; et son substratum anatomique doit être quelque voie nerveuse. Et les habitudes les plus complexes, comme nous allons le voir plus en détail, ne sont, du même point de vue, que des enchaînements de décharges nerveuses dans les centres, l’une provoquant l’autre grâce à des systématisations de voies nerveuses qui se commandent les unes les autres ; l’impression produite par une contraction musculaire sert d’excitation à la contraction suivante, etc., jusqu’à ce qu’une impression finale arrête le processus et ferme la chaîne.
Notez que la structure d’un organisme vivant peut se transformer beaucoup plus rapidement que celle des corps inorganiques ; en effet 1 incessante rénovation nutritive dont les tissus sont le siège tend plutôt à fixer et à fortifier leurs modifications qu’à restaurer leur constitution primitive. Ainsi, lorsque nous imposons un travail neuf à notre cerveau ou à nos muscles, il nous faut assez rapidement suspendre