CHAPITRE X
l’exercice ; mais lorsqu’après un ou deux jours de repos nous le reprenons, nous sommes souvent surpris des progrès de notre habileté. J’ai souvent, pour ma part, fait cette remarque en apprenant des airs de musique. D’où ce mot d’un humoriste allemand ;
« c’est en hiver qu’on apprend à nager, et en été qu’on apprend à patiner. »
Effets pratiques de l’habitude. — 1) L'habitude simplifie et perfectionne les mouvements, et diminue la fatigue.
Chez tout homme il y a disproportion entre le vouloir-faire et le savoir-faire ; nous naissons avec très peu de mécanismes cérébraux tout montés. 11 nous faut en « monter » un nombre indéfini au prix d’efforts et d’études indéfinis, n’ayant pas à notre service l’automatisme naturel qui règle la plupart des actions des bêtes. Si l’habitude ne venait nous apporter ses perfectionnements et ses économies de dépenses nerveuses et musculaires, nous serions de très pauvres hères. Ainsi que le dit le docteur Maudsley :
« Si la répétition n’augmentait pas la facilité, si la direction de chaque acte exigeait toujours de la part de la conscience la même absorbante application, il est évident que toute l’activité d’une vie pourrait se borner à une ou à deux actions et que tout progrès serait impossible. S’habiller et se déshabiller suffirait facilement à l’emploi d’une journée entière ; l’attitude du corps absorberait toute l’attention et toute l’énergie ; se laver les mains et mettre un bouton coûterait ce que cela coûte à un petit enfant lors de son premier essai ; et de tels efforts ne pourraient que nous épuiser complètement. Songez à toute la peine qu’on se donne pour apprendre à un enfant à se tenir sur ses jambes, aux nombreux efforts qu’il doit faire luimême, et comparez à cela l’aisance avec laquelle il se tient debout plus tard, inconscient d’un effort quel-
l’habitude
conque. Tandis que des actes automatiques secondaires s’accomplissent avec relativement peu de fatigue, et par là se rapprochent des mouvements organiques ou des réflexes primitifs, 1 effort conscient de la volonté produit bientôt l’épuisement. Une moelle épinière dépourvue de mémoire... serait un organe ridicule... On ne sait tout ce qu on doit à l’activité automatique que le jour où la maladie a désharmonisé le jeu des fonctions (1). »
2) L'habitude diminue V attention consciente.
Ceci peut s’établir a priori : si l’accomplissement d’un acte exige une chaîne A,B,C,D,E,F,G, etc., de phénomènes nerveux successifs, la volonté consciente doit, lors de ses premiers essais, choisir et réaliser par décret. nominatif chacun de ces phénomènes parmi nombre d’autres qui ne conviennent pas, et qui ne laissent pas de se présenter spontanément. Mais bientôt, grâce à l’habitude, chaque fait nerveux appelle son légitime successeur : plus d’alternatives embarrassantes, partant plus d’intervention de la volonté consciente. Si bien qu’à la fin A paraissant déclanche tout le reste delà chaîne .B, F, G, qui
passe comme un courant où tout serait fondu. Tant que nous apprenons à marcher, à monter à cheval, à nager, à patiner, à faire de l’escrime, à jouer ou à chanter, des mouvements inutiles ou des fausses notes nous interrompent à chaque instant. Mais dès que nous avons fait quelques progrès, les résultats voulus s’obtiennent, non seulement avec le strict minimum d’effort musculaire, mais encore instantanément et à l’appel d’une seule image motrice. A peine a-t-il vu l’oiseau que le bon tireur a déjà visé et tiré, comme à son insu ; ainsi de l’escrimeur : un éclair dans l’œil de son adversaire, une rapide pression sur son
(1) The Physîology of 3Iind, p. 155.