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CHAPITRE XI

Ainsi, de quelque côté qu’on l’envisage, la méthode nui veut aller du simple au composé ne nous expose qu’à des illusions. Naturellement elle aura toujours la préférence des pédants et des abstracteurs de quintessence. Mais tout esprit sans préjugés, qui voudra étudier à même la nature humaine dans sa plénitude, aimera mieux suivre la méthode « analytique » et commencer par les faits les plus concrets, c’est-à-dire par les données immédiates et journalières de sa propre vie intérieure. S’il y a des éléments simples dans la conscience, la méthode analytique saura les découvrir en temps utile, sans courir le risque des postulats prématurés. Sans doute nous avons nousmêmes consacré les premiers chapitres de ce li\re à la sensation, mais c’était surtout — qu’on le remarque bien — pour en étudier les conditions physiologiques ; nous suivions en cela, par simple raison de commodité, l’ordre historique qui fait venir en premier lieu les courants afférents. Si nous avions suivi V ordre psychologique, nous aurions réservé l’étude de la sensation pour la fin ; car, ainsi que nous l’avons fait remarquer page 12, les sensations pures sont des processus à peu près inconnus dans la vie adulte; et nous avons pris soin de ne rien dire qui pût les faire regarder un seul instant comme les éléments de composition des états de conscience plus élevés.

Le fait fondamental. — De tous les faits que nous présente la vie intérieure, le premier et le plus concret est sans contredit celui-ci : des états de conscience vont s’avançant, s’écoulant et se succédant sans trêve en nous. Pour exprimer ce fait dynamique dans toute sa simplicité et avec le minimum de postulats, il faudrait pouvoir dire en français « il pense », comme on dit « il pleut » ou « il vente ». Faute de cet excellent barbarisme, il faut nous contenter de dire que « la conscience va et ne cesse pas d avancer ».

LE COURANT DE LA CONSCIENCE

Quatre caractères de la conscience. — Comment déterminer le processus de ce mouvement ? Nous y remarquons immédiatement quatre caractères importants dont l’analyse sommaire fera l’objet de ce chapitre.

1° Chaque « état » tend à s’intégrer à une conscience personnelle.

2° Dans toute conscience personnelle les états sont toujours en train de changer.

3° Toute conscience personnelle est sensiblement continue.

40 Elle s’intéresse à certains éléments de son contenu et se désintéresse des autres ; elle ne cesse d’accueillir ceux-là et de rejeter ceux-ci — bref, de faire, des sélections.

En considérant successivement ces quatre pointe, nous allons de gaîté de cœur nous jeter in médias res, sans souci d’ordre ni de définitions techniques ; nous userons de termes psychologiques dont les chapitres suivants pourront seuls déterminer le sens adéquat. Mais chacun sait en gros ce que ces termes veulent dire ; et nous leur garderons ici leur sens purement empirique. Bref, ce chapitre sera comme la première esquisse au fusain qu’un peintre dessine sur sa toile, et où n’apparait encore le fini d’aucun

detail. , , .

Quand je dis que tout « état », toute « pensee » tait partie d’une conscience personneUe, « conscience per- Lnnelle » est un de ces termes vagues dont je viens de parler. Nous savons ce qu’il veut dire tant que l’on ne nous demande pas sa définition ; mais son analyse exacte, et précise est le cauchemar des phi losophes. Nous aborderons cette analyse dans le chapitre suivant ; contentons-nous ici de deux mots

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