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CHAPITRE XI

jamais un courant afférent ne saurait nous donner deux fois exactement la même sensation physique.

Ce qui reparaît deux fois, c est le même OBJET. C’est la même noie que nous entendons et réentendons, la même qualité de vert que nous voyons, ^ le même parfum que nous respirons, la même espèce de douleur que nous éprouvons. Ce sont les réalités, concrètes ou abstraites, physiques ou spirituelles, qui semblent toujours revenir devant notre conscience : croyant à leur identité objective, nous sommes amenés à croire inconsidérément à 1 identité subjective de leurs représentations en nous. Quand nous arriverons au chapitre de la perception, nous verrons combien est invétérée notre habitude de nous servir bonnement de nos impressions sensibles comme de passerelles pour aller droit aux réalités qu’elles nous révèlent et nous font reconnaître. Le gazon que je vois en ce moment de ma fenêtre me semble du même vert au soleil et à l'ombre ; et cependant, pour reproduire exactement ma sensation, un peintre aurait à colorer le vert ombré en brun foncé et le vert ensoleillé en jaune vif. En général, nous ne tenons aucun compte de ce fait qu’un même objet nous donne des sensations visuelles, auditives et olfactives différentes à des distances différentes ou dans des circonstances différentes. Ce qu’il nous importe de connaître, c’est des choses identiques : les sensations qui nous assurent de cette identité ont dès lors des chances de nous apparaître elles-mêmes identiques les unes aux autres, sans que nous y regardions de plus près. D’où le peu de valeur du témoignage du sens commun sur l’identité subjective de différentes sensations. Toutes nos connaissances psychologiques et physiologiques sur la « sensation » ne sont qu’un long commentaire de notre impuissance à affirmer l’identité de deux qualités sensibles senties séparément. Ce qui dans

LE COURANT DE LA CONSCIENCE

une impression attire notre attention, c’est beaucoup moins sa qualité absolue que son rapport avec nos autres impressions du même instant, quelles qu’elles puissent être. Quand tout est obscur, un objet un peu moins obscur paraît blanc. Selon les calculs de Helmholtz, dans un tableau représentant un effet de lune sur un monument, le marbre peint est, vu à la lumière du jour, d’un blanc de dix à vingt mille fois plus brillant que celui du vrai marbre vu au clair de lune, et cependant les deux marbres passent pour

être du même blanc.

Jamais les sens n’auraient pu nous révéler une telle différence ; il a fallu l’inférer d’une série de considérations indirectes, les mêmes qui nous font croire que notre sensibilité est toujours envoie d’altération et que le même objet peut difficilement nous donner deux fois la même sensation. Nous sentons différemment les choses selon que nous sommes éveillés ou somnolents, affamés ou rassasiés, dispos ou fatigues ; nous les sentons différemment le soir et le matin, l’été et l’hiver, et très différemment dans 1 enfance, l’âge mûr et la vieillesse. Et pourtant nous ne doutons jamais que nos sensations ne nous «valent un même monde, revêtu des mêmes qualités sens blés meublé des mêmes objets sensibles. Bien “ mieux les variations de notre sensibilité que les variations de nos émotions en face des choses, suivant notre 9ge et nos dispositions organiques. Ce qui nous éblouissait et nous enthousiasmait jadis nous ennuie maintenant et nous parait d’une platitude écœurante : le chant des oiseaux nous pese, et nous * rxTvc la brise funèbre et le ciel lugubre.

™ALi la psychologie des variations de notre puissanrde sUr noSs incline déjà à accepter des variations correspondantes et essentielles dans les sensations. A cette présomption indirecte, la phjsio-

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