CHAPITRE XI
logie du cerveau en ajoute une autre plus directe. Une sensation donnée correspond à une activité cérébrale donnée : cette sensation donc, pour réapparaître identique à ce qu’elle fut une première fois, suppose rait un cerveau identique à ce qu’il fut cette première fois. Or ceci est une stricte impossibilité physiologique ; cela est donc une impossibilité psychologique. Car toute modification du cerveau, si petite soit-elle, entraîne d’après nos principes une modification égale de la conscience conditionnée par le cerveau.
Mais si l’hypothèse est évidemment mal fondée qui fait réapparaître des « sensations simples » sous une forme immuable, combien plus mal fondée encore celle qui confère l’immutabilité à des masses conscientielles plus compactes !
Car alors on touche du doigt l’impossibilité de la restauration en identité de l’état de conscience. Toute pensée d’un objet donné, à parler strictement, est parfaitement originale et individuelle et n’a avec les autres pensées du même objet que des ressemblances spécifiques. Cet objet venant à reparaître, nous ne pouvons pas ne pas le penser à nouveau, ne pas le voir sous un angle quelque peu différent, ne pas le saisir sous des rapports différents de ses précédents rapports. La pensée qui le connaît ne peut pas le détacher de ces rapports ; elle baigne dans la conscience de tout cet obscur contexte. Souvent nous sommes frappés des étranges différences qui existent entre nos appréciations successives d’un même objet. Nous sommes tout surpris d’avoir pu le mois dernier porter tel jugement où se marque un état d’esprit que, sans bien savoir pourquoi, nous ne pouvons plus même concevoir comme possible. Ainsi d’une année a 1 autre voyons-nous les choses dans de nouvelles lumières. L’irréel devient réel, et l’intéressant insipide. Les amis qui étaient toute notre raison d’ai-
LE COURANT DE LA CONSCIENCE
mer la vie ne sont plus que des ombres vaporeuses. Les femmes naguère si divines, les étoiles, les bois et les eaux, comment donc tout cela est-il devenu si terne et si banal ? évanouies dans la foule des existences indiscernables ces jeunes tilles qui nous apportaient un souffle d’infini ! Est-ce bien dans ce tableau affreusement vide que nous voyions tout un monde? Mais où donc est le sens mystérieux et profond de Goethe ? la force de cette page de John Stuart Mill? Et voici que nous trouvons plus de saveur que jamais au travail et au travail encore, et que la vie pleine, la vie profonde jaillit à miracle des petits devoirs de chaque jour et des petits plaisirs sans
gloire.
Je suis sûr que cette observation à même des évolutions de la conscience dans leur réalité et leur intégrité constitue la seule vraie méthode, quelle que soit la difficulté de l’appliquer au détail des faits. Si elle s’enveloppe encore de certaines ténèbres, ces
ténèbres se dissiperont à mesure que nous avancerons. Mais si dès maintenant on la tient pour vraie, il faut également tenir pour vrai que jamais deux « idées » ne seront exactement identiques : ce qui " constitue précisément la thèse que nous avons entrepris de prouver. Or cette thèse, assez moffens.ve a première vue, comporte des conclus.ons d une exlreme importance doctrinale. C’est ainsi qu elle nous interdit de marcherdorénavant,tels d’obéissants disciples sur les traces de Locke et de Herbart dont les écoles ont ioui d’une influence presque illimitée ei Inemarne et en Amérique. Sans aucun doute, il est souvent commode de formuler les “"J"
cience avec une nomenclature etomiqu^ de ™te les états supérieurs comme des simoles » qui « passent et repassent » toujours mêmes. Souvent aussi il est commode de traiter les