‹ Précis de psychologieChapitre 119 sur 348 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

courbes comme si elles étaient composées de pétites lignes droites, l’électricité et la force nerveuse comme si elles étaient des fluides. Mais nous ne devons oublier dans aucun de ces cas que nous parlons un langage symbolique, et que rien dans la nature ne répond à nos expressions. Une « idée » douée d'une existence permanente, et qui ferait ses apparitions périodiques à la rampe de la conscience, est une entité aussi mythologique que le valet de pique.

La conscience est sensiblement continue. — Par « continu » j’entends simplement ce qui ne présente ni brisure, ni fissure, ni division. Les seules « solutions de continuité » qui puissent avoir un sens dans la vie d’un esprit individuel sont : ou des solutions de continuité dans le courant même de la conscience, c’est-à-dire des interruptions, des temps vides où la conscience serait momentanément abolie, — ou des solutions de continuité dans son contenu, c’est-à-dire des cassures si nettes et si brnsques que les deux états disjoints seraient absolument sans rapports. D’où, affirmer la continuité de la conscience revient à affirmer deux choses :

1° que la conscience qui suit un « temps vide » se sent solidaire de la conscience qui le précède, en qui elle reconnaît une autre partie de son moi ;

2® que les changements qualitatifs qui se produisent d’un moment à l’autre dans le contenu de la conscience ne sont jamais absolument brusques, et ne constituent jamais des cassures absolues.

Commençons notre examen par le cas des temps vides, le plus simple des deux.

P Pierre et Paul s’éveillent dans un même lit et s aperçoivent qu’ils ont dormi ; chacun d’eux revient mentalement en arrière et rejoint un seut des deux courants de pensée interrompus par le sommeil. Tout comme le courant enterré d’une électrode sait infailli-

LE COURANT DE LA CONSCIENCE

blement retrouver le chemin du courant également enterré de l’électrode à laquelle il est couplé, et ce à travers n’importe quelle quantité de terre interposée ; ainsi le présent de Pierre retrouve instantanément le passé de Pierre et ne commet pas l’erreur de rejoindre celui de Paul. La pensée de Paul à son tour fait preuve de la même sûreté d’orientation. C’est Pierre, Pierre présent, qui s’approprie le passé de Pierre. Peut-être a-t-il une connaissance, voire une connaissance très exacte, des dernières pensées qu’eut Paul dans cette somnolence qui précède immédiate¬

ment le sommeil profond ; mais cette connaissance est tout à tait d’autre sorte que sa connaissance de ses dernières pensées à lui. De celles-ci, il a un souvenir : de celles-là, il n'a que des conceptions. Or, qui dit souvenir dit toucher intérieur immédiat d’un objet d’où rayonne cette chaleur et cette intimtte dont on ne trouve pas même la trace dans l’objet d’une pure conception. Chaleur, intimité, présence réelle et immédiate ; trois qualités qui se retrouvent ésralement dans la conscience présente de Pierre. Puisque, semble-t-elle dire, je suis et possédé tout le présent, je suis et possède tout ce qui me vient avec la même chaleur, la même intimité et la meme réalité immédiate que lui. Nous aurons a déterminer plus tard ce qu’il convient d’entendre par ces quai tes

originales que j’appelle ici chaleur et intimité. Mais

l nous faut dès maintenant admettre que tous les états passés qui en apparaissent “

signe, salués, appropriés et reconnus par 1 état prese comme élémente solidaires et fraternels d’un seul et même moi. La communion au moi, voila ce que ne rompt pas une rupture du courant conscientiel et ce qui permet à la pensée présente de franchir un temps vide'^dont elle a conscience, pour s ajointer a telles portions choisies du passé qu elle entend « continuer ».

Page 1