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CHAPITRE XI

objectif, on parlera de rapports réels qui se révèlent ; si l’on se place au point de vue subjectif, il faut parler du courant de la conscience qui se mesure à chacun d’eux et le teint de sa propre couleur. De part et d’autre, les rapports apparaissent innombrables ; et il faut désespérer de pouvoir jamais formuler toutes leurs nuances dans nos langues actuelles.

En bonne justice, de même que nous parlons de sensations de bleu ou de chaud, nous devrions parler de sensations de rapports et de nuances, de sensations de mais, de par, de el, de si. Cela nous répugne évidemment ; le langage s’y refuse, reflétant notre très vieille habitude de réserver le droit d’existence aux états substantifs seuls. Cependant, interrogeons une fois encore la physiologie cérébrale et ses analogies. Le cerveau, nous le savons, est un organe à équilibre interne essentiellement instable, de par les changements qui ne cessent d’affecter toutes ses parties. Or, ces changements sont sans doute plus intenses à un point qu’à l’autre, et d’un rythme plus rapide à un moment qu’à l’autre. 11 en est du cerveau comme d’un kaléidoscope : quand le kaléidoscope tourne à une vitesse uniforme, il s’y fait toujours de nouvelles combinaisons d’images, mais tantôt les transformations portent sur de menus détails, se font avec lenteur et par intervalles, bref sont presque nulles, tantôt elles se développent et se précipitent avec une rapidité fantastique ; d’où une alternance de formes nettes et relativement stables et de formes imprécises, que nous ne distinguerions même pas à une seconde perception. Ainsi du cerveau : ses incessantes combinaisons offrent alternativement les types de la transformation lente et qui dure, et de la transformation rapide qui ne fait qu’apparaître et disparaître. Si, maintenant, la conscience correspond aux combinaisons cé-

LE COURANT DE LA CONSCIENCE

rébrales, comment concevoir quelle puisse s arrêter quand celles-ci ne s’arrêtent pas ? Et si une transformation lente entraîne un certain type de conscience, pourquoi une transformation rapide n’ entraîneraitelle pas un autre type de conscience auquel elle communiquerait son originalité ? ^ i

Tout objet pensé a une « frange ». — A côte des états transitifs, il nous faut montrer maintenant de nouvelles modifications de la conscience, innommées comme eux, aussi importantes qu’eux, et qui sont

comme eux des instruments de connaissance. Essayons de les faire saisir dans quelques exemples.

Supposons que trois personnes nous disent successivement ; « Attendez ! » « Ecoutez ! >> « Regardez ! » 'Ces trois appels mettent notre conscience dans trois

attitudes d’expectative parfaitement différentes, encore

qu’en aucun des trois cas elle n’ait devant elle un objet déterminé. Personne ne niera, je pense, qu il y ait alors une modification très réelle de la conscience, et comme le sentiment d’une direction d’où va venir une impression, une impression qui n’est pas encore. Cependant nous n’avons pas de noms à donner a ces trois états de conscience ; nous ne pouvons les exprimer que par les verbes : attendre, écouter et regarder.

Supposons maintenant que nous essayions de nous rappeler un mot oublié. Notre conscience est alors dans un état vraiment original. Il y a en elle un vide; mais non pas qu’un vide. Il y a, si vous voulez, un vide extraordinairement actif. Il enveloppe comme un fantôme du mot cherché, fantôme qui nous lait sinne de venir de son côté, qui par moments nous donne à en brûler, le sentiment que « nous le tenons », et qui’ s’échappe en nous laissant retomber sans rien tenir du tout. Qu’on nous propose un mot faux et ce vide mvstérieux le repousse immédiatement et avec énergie Les mots faux ne sont pas a sa taille. Car il

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