CHAPITRE XI
ces réformes sont loin d’être assez étendues et assez radicales. Il faut faire entendre à la psychologie traditionnelle que ses images à arêtes vives ne constituât que la très minime partie d’une conscience concrète et vivante. Dire que la conscience ne contient que de ces sortes d’images revient à dire qu’une rivière ne contient que des seaux d’eau, ou tels autres volumes d’eau coulés et moulés dans leurs récipients, godets, litres ou tonneaux. Mettons, si vous y tenez, tous ces seaux et ces récipients dans la rivière : reste à côté d’eux l’eau libre où ils plongent, et qui continue à couler entre eux. C’est précisément cette eau libre de la conscience que la psychologie traditionnelle s’obstine à ne pas voir, alors que toutes les images solides y baignent et s’y colorent, et qu elle entraîne avec elles les sentiments de leurs relations proches et éloignées, l’écho mourant de leur point de départ et Fintuition naissante de leur point d’arrivée. Toute la signification, toute la valeur de l’image est dans ce halo, dans cette pénombre qui l’entoure et l’escorte, — ou plutôt qui s’est fondue en elle jusqu’à devenir l’os de ses os et la chair de sa chair. L’image ne cesse évidemment pas de représenter le même objet qu’ auparavant; mais elle le représente enrichi d’aspects nouveaux et de nuances vivantes, grâce à quoi l’esprit lui donne un sens original.
Appelons « harmonique psychique » ou « frange » la conscience de ce halo de rapports qui entoure V image.
Conditions cérébrales de la frange. — Rien n’est plus facile que de trouver dans la physiologie cérébrale un symbole de ces faits. Le sentiment de l’origine et du point de départ de la pensée est dû sans doute à l’excitation mourante de processus qui étaient en pleine activité quelques instants plus tôt ; de même le sentiment de son point d’arrivée, la divination de
LE COURANT DE LA CONSCIENCE
son terme doit tenir à l’excitation naissante des processus ascendants qui détermineront dans un instant la forme vive et pleine de l’état de conscience alors présent. Si on représente par une courbe le phénomène nerveux sous-jacent à la conscience, on doit obtenir à chaque fois quelque chose d’analogue à ce que donne la figure 52.
La ligne horizontale représente le temps, et les trois courbes trois processus nerveux liés aux trois
pensées a, b, c. Chaque processus occupe un certain temps, pendant lequel son intensité croît, atteint son maximum, puis décroît. Quand le processus de b est à son maximum, le processus de a n est pas encore terminé, et celui de c est déjà commencé. A 1 instant représenté par la ligne verticale, les trois processus sont présents avec les intensités qu’indiquent les courbes. Ceux qui précèdent le sopimet de b étaient plus intenses l’instant d’avant ; ceux qui le suivent seront plus intenses l’instant d’après. Si donc je viens à prononcer successivement a, 6, c, au moment où j’en suis à 6, ni a ni c ne sont hors de ma conscience, mais tous deux, chacun à sa façon, mêlent leurs lumières falotes à la lumière plus forte de 6, car leurs processus sont en activité à un degré quelconque.
Rappelez-vous le rôlë des « harmoniques » en