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CHAPITRE XI

musique : l’oreille ne les entend pas séparément, ils se fondent dans la note principale, la pénètrent et la modifient. Ainsi des processus nerveux : ceux qui sont en voie d’accroissement ou de disparition fusionnent avec ceux qui sont à leur maximum, les pénètrent, et en modifient les résultantes conscientielles.

Le (( thème » de la pensée. — Si nous comparons maintenant divers états de conscience envisagés comme fondions de connaissance^ nous sommes en mesure d’affirmer que toute la différence entre ceux qui sont de pures représentations des choses et ceux qui sont des connaissances sur ces choses (cf. page 17) se réduit à peu près exclusivement à l’ahsence ou à la présence de franges ou harmoniques psychiques. Nos connaissances sur une chose sont des connaissances de ses relations ; sa pure représentation se réduit à la pure impression qu’elle /produit. La plupart de ses relations ne font que se laisser entrevoir obscurément dans la « frange » naissante des affinités inarticulées qui l’entourent. — Avant d’aller plus loin, il me faut dire un mot de ce sens des affinités qui est bien l’un des aspects les plus intéressants du courant de la conscience.

Toute pensée volontaire porte sur un SUJET ou THÈME qui est comme le foyer, le centre de gravitation des idées actuellement admises dans la conscience. L’intérêt de ces idées se trouve dans leurs rapports avec ce sujet, rapports constamment perçus dans les franges, où nous sentons en particulier si les idées s’accordent ou ne s’accordent pas avec le sujet, si elles avancent ou n’avancent pas ses affaires. Soyez sûrs qu’elles les avancent si leur frange nous donne le sentiment que « cela va bien ». Ne fît-elle que nous donner l’impression d’être bien à sa place dans le réseau des relations dont le sujet est le foyer, une idée obtient par là droit d’entrée dans le courant de

LE COURANT DE LA CONSCIENCE

la conscience; elle y est chez soi comme une partie dans son tout naturel.

La pensée rationnelle est indifférente à la qualité des images qu’elle met en jeu. — Maintenant il n’importe en aucune manière, pour avancer la connaissance d’un sujet donné, que nous le pensions avec des mots ou avec des images visuelles ou autres. Tout moyen est bon. Sentons-nous dans la frange de toutes ces images, quelles quelles soient, des affinités qui les font solidaires les unes des autres et du sujet, cela suffit pour que nous ayons conscience d’approcher de la conclusion, pour que nous sentions nos pensées justes et rationnelles. En toute langue les mots ont contracté, grâce à de vieilles associations, des franges par où ils s’attirent et se repoussent mutuellement, et attirent ou repoussent la conclusion, — à laquelle d’ailleurs on arriverait aussi bien pr les chemins parallèles d’images visuelles, tactiles et autres, pourvu que ces images aient des franges semblables. Or, je le répète, l’élément essentiel de ces franges est le pur sentiment d’accord ou de désaccord, de bonne ou de mauvaise direction de la pensée.

Si, sachant l’anglais et le français, nous commençons une phrase en français, tous les mots qui suivront seront français, et il est fort peu vraisemblable que nous retombions jamais dans les mots anglais. Cette affinité des mots français les uns pour les autres n’est pas pure affaire de mécanisme cérébral : nous la percevons à mesure dans notre conscience. Si peu que nous comprenions une phrase française, nous garderons toujours le sentiment de la parenté linguistique des mots ; le moindre mot anglais qui d’aventure viendrait se glisser parmi eux réveillerait soudain l’attention la plus distraite. Ce sentiment vague de la parenté linguistique des mots est bien le minimum de frange qui ne les abandonne

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