CHAPITRE XII
sions et voûtions par rapport à nos processus intellectuels. La conscience de noire activité est ainsi ce qu’il y a de plus central dans notre moi spirituel tel que nous le connaissons : c’est là le cœur et le noyau de toute notre personnalité empirique, le sanctuaire le plus intime de notre vie. Beaucoup pensent trouver dans cette conscience de l’activité une révélation immédiate de l’âme comme substance vivante : est-ce à tort, est-ce à raison ? La question reviendra plus tard. Ici, je ne veux que souligner le privilège de plus grande intériorité dont jouissent tous ceux de nos états qui ont cette qualité de nous apparaître actifs. Il semble qu’ils aient à se mouvoir vers V extérieur pour rencontrer les autres éléments de notre expérience ; tout le monde s’accordera sans doute à leur reconnaître ce caractère empirique.
b) Après les éléments du moi, examinons les sentiments et les émotions quils nous donnent, c’est-àdire
La conscience de la valeur du moi. — Elle revêt deux formes principales ; la satisfaction et le mécontentement de soi. [L’amour de soi trouvera sa place dans le § c) où nous traiterons des actes ; car il désigne plutôt un ensemble de tendances motrices qu’un sentiment proprement dit).
Nous avons bien des synonymes pour désigner ces deux formes de la conscience affective de notre valeur : d’un côté l’orgueil, la suffisance, la vanité, l’amour-propre, l’arrogance, la vaine gloire ; de l'autre la modestie, l’humilité, la contrition, le sentiment du déshonneur, le désespoir. De part et d’autre il semble bien que nous ayons affaire à des états affectifs immédiats , primitifs , indécomposables . Cependant les associationnistes ne peuvent manquer d’en faire des états secondaires ; en ce sens ils résul-
LE MOI
teraient d’im rapide calcul des plaisirs et des peines que nous permet d’escompter notre prospérité ou notre misère actuelle ; la somme des plaisirs donnant le sentiment de satisfaction de soi, et la somme des peines le sentiment opposé de honte. Sans doute, quand nous sommes contents de nous, nous aimons à nous promettre toutes sortes de récompenses ; et inversement, une crise de désespoir nous fait craindre toutes sortes de maux. Mais il ne faut pas identifier la simple attente des récompenses avec la satisfaction de soi, ni la simple appréhension des maux avec le désespoir ; car chacun de nous a constamment de lui-même une conscience affective de tonalité moyenne qui est indépendante des raisons objectives que nous pouvons avoir d’être satisfaits ou mécontents. Ainsi, tel homme de moyens extrêmement limités peut être doué d’une suffisance inébranlable, tandis que tel autre, cependant assuré de réussir dans la vie et jouissant de l’estime universelle, sera atteint d’une incurable défiance de ses propres forces.
Toutefois, il y a lieu de distinguer entre les causes et les occasions de nos sentiments de contentement ou de dégoût de nous-mêmes ; car s’ils ne sont pas déterminés, ces sentiments sont normalement jaroroqaés par nos succès et nos revers réels, par la bonne ou la mauvaise position que nous avons en fait dans le monde. [Nous ressemblons tous plus ou moins au petit Jack des Nursery rhymes, qui s’aperçut de son mérite en savourant son gâteau.] « Il y mit le pouce, en sortit une prune et dit : tout de même, je suis un rudement bon garçon î » Un homme dont la personnalité rayonne au loin, dont la puissance ignore les insuccès, qui a situation, richesses, amis et renommée, n’est plus guère exposé aux découragements et aux doutes morbides de son enfance. « Ne voilà-t-il point cette