‹ Précis de psychologieChapitre 145 sur 348 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mathématiques que le carré de a plus le carré de b est égal au carré de a H- 6, ce qui est une erreur évidente. Idée de a H- idée de b n’est pas identique à idée de a-i-6 ; il y a là deux idées, et il n’y en a qu’une ici. Là, ce qui connaît a est expressément supposé ne pas connaître b ; ici, ce qui connaît a connaît également è, etc. Bref, aucune logique ne fera ’jamais que deux idées n’en formeut qu’une. Si en fait l’idée de a H- 6 est postérieure aux deux idées séparées de a et de 6, nous n’en devons pas moins la considérer comme le produit direct de conditions nouvelles, tout comme les deux idées séparées sont le produit direct de conditions antérieures.

Si donc nous voulons formuler ces conclusions en fonction du courant de la conscience, le plus simple sera de n affecter quune seule pulsation de ce courant à toute connaissance synthétique d’objets distincts. Si nombreux que soient ces objets, si nombreux que soient les courants qu’ils déterminent dans le cerveau, toujours un seul fait de conscience, soit transitif, soit substantif (cf. p. 206), correspond à la multiplicité de ces courants et enveloppe la multiplicité de ces objets.

L’âme est-elle l’agent des combinaisons mentales ? — Les spiritualistes ont vu bien vite que toute connaissance synthétique d’objets multiples implique l’existence d un agent en qui elle s’accomplisse ; cet agent, disent-ils, ne saurait être l’état de conscience qui ne fait que passer, c’est un être spirituel, simple, permanent, en qui se combinent les effets des idées des objets multiples. Peu importe, d’ailleurs, le nom de cet agent ; qu’on l’appelle Ame, Ego ou Esprit, ses dénominations ne changent rien à sa fonction principale, qui est d’être l’auteur des combinaisons mentales. — Evidemment, cette solution du problème diffère de celle que nous venons de donner, et l’on ne

LE MOI

saurait identifier l’âme avec le courant de la conscience auquel nous avons cru le^plus simple d’attribuer le mystère des connaissances synthétiques. Quel est donc le vrai « connaisseur » : est-ce un être permanent ou simplement l’état de conscience fugitif ? Sans doute, si nous avons d’autres raisons d’introduire l’âme en psychologie, ces raisons, que nous n’avons pas encore examinées jusqu’ici, pourront nous amener à joindre la fonction de connaissance aux autres fonctions de l’âme. Mais si ces raisons étrangères à notre sujet nous font défaut, mieux vaut nous en tenir aux états de conscience comme agents exclusifs de la connaissance ; car d’abord il nous faut bien de toutes manières accepter l’existence de ces états en psychologie, et, d’autre part, l’interprétation qui range parmi leurs fonctions la connaissance synthétique des choses vaut exactement l’interprétation qui en fait une réaction de l’âme. Ni l’une ni l’autre interprétation ne sont de vraies explications ; il faut renoncer à expliquer un fait qui n’est qu’une des données dernières et irréductibles de la psychologie.

Mais, nous l’avons dit, on justifie l’introduction de l’âme en psychologie par d’autres raisons, dont la principale est

Le sentiment de notre identité personnelle. — Nous avons établi dans le chapitre précédent que les pensées dont nous percevons réellement l’existence sont loin de voleter çà et là sans rien qui les attache, et qu’elles apparaissent comme la propriété exclusive d’un « penseur ». Toute pensée a le privilège de distinguer, parmi les autres pensées qu’elle peut connaître, celles qui appartiennent au même moi qu’elle de celles qui ne lui appartiennent pas. Les premières ont une chaleur et une intimité qui font défaut aux secondes ; grâce à ce critérium d’appropriation, le

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