CHA'PITRE XII
transcendental. Le Je n’est que la pensée du moment, toujours différente de la pensée immédiatement antérieure qu’elle s approprie avec tout ce que celleci s’appropriait. Il n’est pas une donnée de l’expérience psychologique qui ne puisse trouver place en cette théorie, qui a au moins le mérite de se passer de toute hypothèse métaphysique et de réduire ses postulats au postulat de la réalité des états de conscience.
Si ces états de conscience instables constituent bien la réalité directement soumise à notre expérience et à nos vérifications (et pas une école n’en a encore douté), la psychologie envisagée comme science naturelle n’a que faire de chercher hors d’eux un « principe connaisseur » : ils sont ce principe. Le seul moyen que je sache d’introduire en psychologie un « penseur » plus transcendental, c’est de nier hardiment la connaissance immédiate que nous attribue le sens commun de l’existence des « états de conscience >>. Cette existence ainsi devenue problématique ne constituera plus qu’une hypothèse, et les données empiriques de la conscience nous poseront le problème du connaisseur, au lieu de nous le résoudre. C est à la métaphysique qu’il appartiendra de le résoudre et de nous dire enfin quel est ce connaisseur que l’expérience exige comme explication derniere des faits de connaissance. Est-ce un esprit de 1 univers qui pense en tous ? Est-ce une âme individuelle et substantielle qui pense en chacun*? Est-ce enfin l’hypothétique état de conscience ? Avant toute discussion il faudra mettre sur un même pied ces trois solutions ; après quoi il ne restera plus qu’à les essayer et à les discuter impartialement. Je crois en effet qu il y a de ce côté pour l'avenir un vaste champ d investigations ; car les états de conscience auxquels croit tout psychologue ne sont rien moins que faciles à saisir et à camper quand on les sépare de leurs
objets. Mais précisément nous nous sommes interdits de mettre en doute leur existence, du seul fait que nous avons résolu de traiter la psychologie en naturalistes (cf. p. 1). Aussi ne pouvons-nous que nous en tenir ici à la solution provisoire que nous avons adoptée ; et c’est elle qui nous fournira notre dernier mot : le penseur, c’est la pensée.