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CHAPITRE XIII

prolonger dans leurs voies nerveuses son propre processus. Mais quand un courant occupe la place et y déploie son action, les autres restent dehors ; ils ont beau se faire voir à la porte, ils n’entrent pas tant que le premier occupant n’est pas fatigué de son séjour. Ainsi donc l’étroitesse de la conscience semble avoir pour condition physiologique la concentration de l’activité cérébrale ; cette activité est toujours en train de s’organiser et de s’unifier, tantôt sous l’influence d’un courant, tantôt sous l’influence d’un autre : elle ne se partage pas entre eux, et qelui qui prévaut dispose d’elle tout entière. Les idées qui correspondent dans la conscience à la systématisation de processus dominant à un moment donné dans le cerveau sont les idées dont on dit qu’elles nous « intéressent » à ce moment-là : et voilà qui donne un fondement physiologique à l’activité de « sélection » que nous avons si énergiquement soulignée déjà dans l’attention (pp. 220 et sq.). A tout moment cependant la systématisation actuellement régnante est en passe de se désintégrer. Elle est rarement assez consolidée pour faire que les courants qu’elle exclut avortent tout à fait, et pour empêcher que leur présence n’ait au moins l’effet d’impressionner la « frange » et la marge de notre pensée.

Attention dispersée. — Parfois même la consolidation normale semble exister à peine. Alors Tactivité cérébrale peut fort bien tomber à son minimum. Beaucoup d’entre nous ont sans doute plusieurs fois par jour 1 expérience d’un état analogue à celui-ci : les yeux se fixent dans le vide ; les oreilles ne perçoivent les bruits que fondus dans un mélange confus ; il semble qu on ait vaguement conscience de son corps tout entier, sans distinction de parties, tant 1 attention est diffuse ; s’il y a quelque chose dans 1 avant-plan de la conscience, c’est je ne sais quel

l’attention

vague et solennel sentiment d’abandon de nous-mêmes au temps vide qui coule. Dans l’arrière-plan obscur de l’esprit nous avons en même temps conscience de ce que nous devrions faire alors : nous lever, nous habiller, répondre à qui nous parle, passer à la suite de notre raisonnement, etc. Mais je ne sais quoi nous empêche de « partir » ; la pensée de derrière la tête n’arrive pas à percer la carapace de léthargie dont s’enveloppe la conscience. A chaque instant nous croyons que le charme va se rompre, ne voyant pas de raison pour qu’il dure ; il dure cependant, de pulsation en pulsation ; il flotte, et nous avec lui, jusqu à ce que, sans raison assignable, une énergie fasse apparition, un je ne sais quoi d’inconnu nous permette de rassembler notre conscience dispersée : alors nous clignons des yeux, nous relevons la tête, les idées de l’arrière-fond s’actualisent, et la roue de la vie se remet à tourner.

Voilà le maximum d’attention dispersée. Entre ce maximum et le maximum d’attention concentrée (où la conscience s'absorbe dans un état actuellement' intéressant, jusqu'à devenir insensible même à des lésions sérieuses du corps), il y a toute une gamme de degrés intermédiaires qui ont fait 1 objet d études expérimentales. C’est le problème dit de

L’étendue de la conscience. — Combien d’objets distincts, c’est-à-dire non systématisés dans un concept qui les unifie, l’attention peut-elle embrasser à la fois? Le professeur Cattell a fait des expériences relatives à l’attention visuelle ; il faisait regarder à ses sujets des combinaisons de lettres visibles seulement pendant une fraction de seconde, de façon à ce qu’ils ne pussent percevoir les lettres l’une après l’autre. Quand elles formaient un mot connu, ils en pouvaient reconnaître trois fois plus que dans les combinaisons dépourvues de sens. Quand les mots

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