CHAPITRE XIII
ment de l’un à l’autre ; ce qui fait qu’on ne gagne plus de temps.
Quand l’expérience porte sur des sensations très fines qu’il s’agit de noter avec exactitude, on trouve que l’attention donnée à l’une gêne considérablement la perception de l’autre. Nous avons ici nombre d’élégantes expériences de Wundt, qui s’est appliqué à noter la position exacte, sur un cadran, d’une aiguille à mouvement rapide, au moment où sonne un timbre. Il devait donc noter simultanément deux sensations disparates, une visuelle et une auditive. Il a trouvé, grâce à de longues et patientes recherches, que l'impression visuelle ne pouvait jamais, ou ne pouvait que très rarement, être notée au moment précis où le timbre résonnait. Tout ce qu’il pouvait faire alors était de marquer sur le cadran le moment précédent ou le moment suivant.
Les variétés de l’attention, — Selon les divers points de vue où l’on se place, on peut distinguer diverses espèces d’attention.
1) L’attention peut être sensorielle ou intelleciaelle, selon qu’elle porte sur les objets des sens, ou sur leurs idées et représentations intérieures.
2) Elle peut être immédiate ou dérivée, selon que son objet est intéressant et captivant par lui-même, indépendamment de ses relations avec quoi que ce soit, ou qu’il doit au contraire tout son intérêt à son association avec tel autre objet immédiatement intéressant. — Cette attention dérivée a aussi reçu le nom d’attention u aperceptive ».
3) Elle peut être enfin volontaire et active, ou spontanée, involontaire et passive, selon qu’elle comporte ou ne comporte pas d’effort.
L’attention volontaire est toujours dérivée ; l’effort qu’elle entraîne est une preuve qu’elle n’est pas provoquée par son objet immédiat, mais par quelque
l’attention
intérêt éloigné vers lequel elle se bande. — L’attention sensorielle et l’attention intellectuelle peuvent être ou volontaires ou spontanées.
L’attention sensorielle spontanée, quand elle est immédiate, est déterminée par l’intensité ou par la qualité émotionnelle des impressions sensibles. Par leur intensité : c’est le cas des impressions violentes, ou massives, ou soudaines. Par leur qualité émotionnelle : c’est le cas des impressions qui provoquent en nous la réaction de quelque instinct inné ; ces impressionslà n’ont pas besoin d’être intenses pour être intéressantés. Nous aurons avoir au chapitre de l’instinct comment varient d’une espèce à l’autre les tendances et les objets qui les intéressent ; nous ferons alors le relevé des objets qui ont ainsi le don d’exciter l’attention spontanée chez l’homme, — l’homme qu’intéresse immédiatement tout ce qui se meut ou brille, tout ce qui est étrange ou joli, les métaux, les bêtes sauvages, les mots, lès coups, le sang, etc., etc., etc.
La sensibilité aux attractions immédiates des objets sensibles caractérise l’attention chez les enfants et les jeunes gens. En avançant en âge, nous mesurons la valeur des choses avec le mètre d’ « intérêts solides », comme on dit, et nous savons retenir les unes et cesser graduellement de répondre aux excitations des autres. Mais dans l’enfance la vie et l’énergie surabondent, et la réflexion n’a pas encore eu le temps de dresser une échelle de valeurs pour l’appliquer aux impressions nouvelles et décider si elles méritent ou non de nous attacher. D’où cette extrême mobilité d’attention que nous connaissons tous aux enfants, et qui embrouille si merveilleusement les premières leçons qu’on leur donne. N’importe quelle sensation forte provoque chez eux l’accommodation spontanée de l’organe correspondant et l’oubli absolu de l’objet actuel dè l’étude, tant que dure la sensation.