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CHAPITRE XIII

L’attention intellectuelle spontanée est immédiate quand notre pensée suit une série d’images attrayantes ou intéressantes par elles-mêmes ; elle est dérivée quand l’intérêt des images n’est que celui d’un moyen par rapport à une fin, ou celui d’un objet qui emprunte tout son prix à quelque autre auquel il est associé. Alors les courants cérébraux peuvent présenter une systématisation si forte, ou, si l’on veut, leur objet peut nous absorber si profondément, que non seulement des sensations ordinaires, mais même les douleurs les plus violentes se voient exclues de la conscience. Pascal, Wesley, Robert Hall ont poussé, dit-on, r« abstraction » jusqu’à cette limite. Le docteur Garp'enter, parlant de ses propres expériences, dit qu’« il a souvent entrepris une lecture avec de telles douleurs névralgiques qu’il craignait de ne pouvoir la continuer ; mais à peine, par un effort résolu, s’était-il lancé dans un courant de pensées, que ce courant le portait et l’entraînait sans la moindre distraction, jusqu’à ce que, la pensée cessant', l’attention se relâchait : alors la douleur reprenait avec une force supérieure à toute résistance, au point qu’il se demandait comment il avait pu cesser un instant de la sentir (1). »

Attention volontaire. — Le docteur Carpenter parle ici de « se lancer d’un résolu ». G’est cet effort

qui caractérise ce que nous avons appelé l'attention volontaire ou active. L’effort est un état de conscience que chacun connaît, mais que presque Jout le monde tient pour inanalysable. Nous l’éprouvons dans le domaine des expériences sensibles quand nous voulons saisir une impression extrêmement ténue, qu’il s’agisse

(1) Mental Physiology, § 124. — C’est le cas de rappeler le fait si souvent cité des soldats qui ne s’aperçoivent pas de leurs blessures pendant la bataille.

l’attention

d’iiDe impression de la vue, de l'ouïe, du goût, de l’odorat ou d’une impression du toucher ; ou encore quand nous voulons discerner une sensation noyée dans une masse de sensations semblables ; ou enfin quand nous laitons contre V attraction d’objets très « excitants » en forçant notre esprit à s’absorber dans la contemplation d’un objet sans séduction naturelle. Dans le domaine intellectuel l’expérience de l’effort se présente exactement sous les mêmes conditions : quand nous essayons d’aviver et de préciser une idée obstinément vague ; ou quand nous peinons à démêler des nuances de mots ou d’idées ;/ ou quand nous nous attachons énergiquement à quelque pensée si étrangère à nos tendances que, laissée à ellemême, elle céderait vite la place à des images plus propres à intéresser nos instincts. Si vous voulez enfin grouper en une seule expérience toutes ces formes de l’effort d’attention, imaginez un homme qui assiste à un banquet et qui fait preuve d’assez d’énergie pour écouter sans défaillance les avis insipides et agaçants que lui susurre à l’oreille son voisin de table, tandis que la salle retentit des rires sonores des convives engagés dans une conversation du plus vif intérêt.

Un effort d’attention volontaire ne peut durer plus de quelques secondes. « Soutenir l’attention », c’est la répéter par des efforts successifs qui ramènent à chaque fois devant l'esprit l’idée qui se dérobe. Une fois ramenée, cette idée, à moins d’être par trop ingrate, se développe d’elle-même ; et si, ce faisant, elle devient intéressante, l’attention volontaire se prolonge en attention spontanée. C’est ce qui faisait dire tout à l'heure au docteur Carpenter qu’une fois jeté dans son courant de pensée, ce courant « le portait et l’entraînait ». Cette attention spontanée peut durer plus ou moins longtemps ; à peine languit-elle qu’une

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