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CHAPITRE XIII

certaines lignes vues d’une certaine façon constituent un objet sans rapport avec le dessin général, où elles rentrent cependant vues d’une autre façon ; [il faut imaginer le gendarme pour le voir.] Ainsi de tous les cas où un objet ambigu se détache mal de son fond ; on peut être longtemps avant d’apercevoir cet objet,' mais, l’ayant une fois aperçu, l’attention peut le retrouver à volonté grâce à son double enregistré dans 1 imagination. Qui pourrait, à première vue,

Fig. 55.

reconnaître dans cette succession inintelligible de mots allemands « Wief Lampe Rôhre » le célèbre cri français « Vive l’Empereur « ? Mais qui, ayant une lois remarqué l’identité phonétique des deux suites de mots, pourrait dorénavant s’empêcher de la remarquer (1) ? Quand nous attendons que l’heure sonne a une horloge lointaine, notre imagination obsédée nous fait à chaque instant entendre la sonnerie

(1) James, écrivant pour des Anglais, prend pour ZT M suites verbales a pas de lieu Rhône que

Xomif "^1 yourown canoë » (= « pagayez votre propre pirogue », - autrement dit, « cultivez votre jardin »). Traduisant pour des Français, nous remplaçons ce double phonéüque par un autre qui leur soit plus immédiatement intelligible. - Il a presque une valeur historique : les soldL

l’attention

désirée ou redoutée. Ainsi le moindre indice fait-il surgir les perceptions prévues ; au moindre froissement des branches d’un taillis, le chasseur voit son gibier, et le fuyard ceux qui le poursuivent ; sous tout chapeau qui passe dans la rue l’amoureux abrite un instant la tête de son idole. — L’attention est donc ici l’image mentale elle-même ; et la préperception est de moitié dans toute perception d’un objet attendu.

Aussi les hommes n’ont-ils d’yeux que pour les choses qu’on leur a appris à discerner. Tel phénomène une fois signalé sera aperçu de tous, que pas un homme sur dix mille n’aurait découvert à lui seul. Même en poésie et en art nous avons besoin qu’on nous souligne les aspects originaux, les effets à admirer, pour faciliter à notre nature esthétique son plein épanouissement et la garder des émotions à contre-temps maladroits. Un des exercices pratiqués dans les Kindergarten consiste à faire compter aux enfants le plus grand nombre possible de détails dans un objet donné, fleur ou oiseau empaillé. Les enfants nomment de suite ceux qu’ils connaissent déjà : les feuilles de la fleur, la queue, le bec et les pattes de l’oiseau. Mais ils regarderont des heures entières avant de distinguer les narines, les ongles, etc., jusqu’à ce qu’on les signale à leur attention ; dès lors, ils ne manqueront pas dans la suite de les voir à chaque reprise. Bref, nous ne percevons d'ordinaire que ce que nous prépercevons ^ et nous ne prépercevons que ce que l’on nous a étiqueté, et dont nous gardons les étiquettes imprimées dans notre esprit. Perdre cette provision d’étiquettes, c’est, intellectuelle-

Westphaliens de la Grande armée Futilisaient (dit-on sur le Rhin) pour apprendre à acclamer Napoléon dans sa langue qu’ils ignoraient. {Wief est une forme dialectale de Weib.) (n. d. t.)

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