CHAPITRE XIII
ment parlant, se perdre soi-même au milieu du monde.
Deux corollaires pédagogiques. — 1) Il ÎB.ni fortifier Valtenlion chez les enfants qui ne savent pas s’intéresser à ce qu’ils étudient et qui laissent leur esprit battre la campagne. Le premier devoir du maître est de s’ingénier à découvrir quelque part un intérêt qu’il rattachera au sujet de la classe, fût-ce, faute de mieux, l’intérêt d’une récompense à obtenir ou d’une punition à éviter. 11 faut absolument un intérêt. Naturellement aucun ne vaudra celui qui jaillit des entrailles même du sujet et provoque une attention spontanée; aussi doit-on toujours essayer de rattacher par des liens rationnels les pensées nouvelles à des objets dont l’élève possède préalablement des préperceptions. L’attention s’étend ainsi naturellement du vieux au neuf, du connu à l’inconnu ; pour parler la langue d’Herbart, les idées acquises constituent pour les idées à acquérir des « masses d’aperception », Apperceptionsmassen. C’est évidemment le discernement pratique des « masses d’aperception » à utiliser dans un cas donné qui révèle le talent du maître, auquel la psychologie ne saurait fournir que les principes généraux de sa méthode.
2) Il faut réprimer le vagabondage de V esprit \ car si l’on ne s’en guérit point dans la jeunesse, on en souffrira plus tard, chaque fois que l’on devra lire un livre ou écouter un discours ou une conversation. Un bon moyen sera de ne pas se contenter de lire avec les yeux ou d’entendre avec les oreilles, mais de prendre l’habitude d’articuler intérieurement les mots lus ou entendus. C’est là un corollaire immédiat de la doctrine qui fait de l’attention une reproduction intérieure des perceptions. Mais l’expérience confirme ici cette déduction. Pour ma part, la pratique de cette méthode d’écho intérieur m’aide singulièrement à combattre mes distractions ; je suis de beaucoup plus
l’attention
près une lecture ou une conversation quand je m’en répète activement les mots que quand je me contente de les lire ou de les entendre passivement. Et je sais bon nombre de mes étudiants qui n’ont qu’à se féliciter d’avoir adopté des méthodes analogues.
Attention et liberté. — Tout ce que j’ai dit jusqu’ici paraît impliquer l’hypothèse que l’attention est complètement déterminée par ses conditions nerveuses. Je crois, en effet, que c’est le mécanisme nerveux qui arrête la liste des objets admis à paraître devant l’attention, et qui détermine l’ordre des réceptions : nul n’obtient audience s’il n’est introduit par lui. Mais cet huissier ne règle pas les audiences auxquelles il présente ; autrement dit, le mécanisme nerveux ne détermine nécessairement ni la durée ni Vintensité de l’attention. Fréquemment, le simple fait de prolonger l’attention exige un effort, et nous avons conscience qu’il nous appartient de doser à volonté cet effort. Si cette conscience ne nous trompe pas, si notre effort est une force spirituelle et qui échappe à toute détermination, il faut conclure évidemment qu’il est de moitié avec les conditions nerveuses dans l’attention résultante. Sans doute il n’est pas une idée qui lui doive d’entrer dans notre esprit ; mais une infinité lui doivent d’y séjourner et de s’y enraciner, qui sans lui ne pourraient que s’évanouir et disparaître rapidement. Peu importe la durée supplémentaire qu’il leur assure ; ne fût-elle que d’une seconde, cette seconde peut être critique. Dans le flux et le reflux incessants de nos pensées, deux systèmes de ces pensées peuvent se faire à peu près équilibre ; et souvent, au début, une seconde d’attention donnée ou refusée décide lequel des deux systèmes sera assez fort pour s’installer dans la place, s’y développer et en chasser l’autre. Mais s’y développer, c’est nous faire agir : et cette action peut