CHAPITRE XIII
sceller notre condamnation. Quand nous arriverons au chapitre de la volonté, nous verrons que tout le drame de la vie volontaire est suspendu à ce dosage de l’attention, dont un rien en plus ou en moins détermine la victoire ou la défaite chez les idées qui se disputent Faction. Or tout notre sentiment de la réalité des choses et tout l’aiguillon et le stimulant de notre vie volontaire s’évanouissent, si nous devons renoncer à la conscience d’une volonté qui prenne de temps à autre des décisions réelles^ si nous ne devons plus percevoir en nous que le sourd grincement d’une chaîne ^ forgée dans l’infini des temps passés. L’histoire et la vie même n’ont pour nous une saveur si étrangement tragique, elles n’éveillent en nous un écho si frémissant, que parce que nous y voyons sans cesse le drame de volontés aux prises avec le déterminisme des choses. Rien ne nous force à penser que ce drame est illusoire, ni que la conscience que nous avons de nos volontés est une conscience mensongère. Il se peut que l’effort soit une force originale et non pas un effet, et que son quantum échappe au déterminisme. La probité nous impose de finir cette étude par un aveu- d’ignorance ; car les forces engagées sont trop délicates pour se prêter à des mesures exactes et détaillées. Sous peine de ne pas être une science, la psychologie doit, comme toutes les sciences, postuler pour ses phénomènes un déterminisme intégral, et par là faire abstraction du libre arbitre, même s’il existe. Ainsi ferai-je en ce livre, d accord avec les autres psychologues. Je sais cependant que cette méthode n’est qu Une méthode, que justifie sans doute notre besoin subjectif d’organiser et de simplifier les faits ponr les rendre « scientifiques », mais qui n’arrivera jamais, par où qu on la prenne, à nous donner la vérité définitive sur le libre arbitre.