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CHAPITRE XIV

objets intellectuels garde Timmobilité hiératique des idées platoniciennes.

Il y a des conceptions de choses, des conceptions de phénomènes, des conceptions de qualités. Choses, phénomènes, qualités : tout cela peut être suffisamment conçu pour pouvoir être fixé et individualisé ; la condition nécessaire et suffisante est que Tesprit puisse détacher et marquer son objet de façon à le séparer de tout ce qui n’est pas lui. Ne fît-il que l’appeler « ceci» ou « cela », c’est assez. Pour parler une langue technique, concevoir un objet peut se réduire à le dénoter sans y rien connoter ^ ou en n’y connotant qu’un minimum de caractères ; le point essentiel est que nous le reconnaissions comme l’objet dont il est question. Pour cela, rien de moins nécessaire que de se le représenter avec tous ses caractères, quand bien même cela serait possible et facile.

En ce sens, des êtres extrêmement bas dans l’échelle intellectuelle peuvent avoir des conceptions ; il suffit qu’ils puissent reconnaître une expérience qui se reproduit. Un polype est un penseur si jamais sa conscience est traversée par cette impression : « Tiens, encore ce machin-là ! » Ce sens de l’identique joue vraiment dans la conscience le rôle de la quille dans le bateau et de l’épine dorsale dans le corps. La même conception des mêmes choses peut se retrouver dans différents états de conscience, avec, chez quelques-uns de ces états, la conscience de cette identité de conception. Bref, l’esprit peut toujours tendre à penser « le même », et savoir quand il prétend le faire.

Conception de l’abstrait, de Tuniversel et du problématique. — Nos pensées ont toutes un « sens » que nous percevons par un acte psychique tout à fait original. Cet acte est encore un de ces faits de conscience amorphes et « transitifs » que l’introspection ne peut

LA CONCEPTION

retourner sous toutes leurs faces, isoler et fixer pour les faire passer sous nos yeux comme un insecte piqué sur une épingle. Si nous voulons l’exprimer avec la terminologie un peu imprécise que nous avons adoptée, nous dirons qu’il appartient à la « frange » de l’objet, qu’il est un « sentiment de tendance » dont la contre-partie physiologique est évidemirient une série de processus nerveux naissants ou mourants, dont la ténuité et la complexité défie toute détermination précise (cf. page 219). be géomètre qui a sous les yeux une figure matérielle sait parfaitement que ses raisonnements s’appliquent tout aussi bien à une infinité d’autres figures ; aucun des détails de sa vision^ épaisseur, coloration, direction des lignes , etc. , n’entre dans sa conception. De même, je puis employer le mot « homme « dans deux phrases différentes, c’est-à-dire avoir à chaque fois le même son sur les lèvres, la même image dans l’esprit, et cependant exprimer deux conceptions totalement différentes et avoir conscience de cette opposition des conceptions, au moment même où je prononce le mot et imagine l’image. Soit cette phrase : « quel admirable homme que Jones ! » ; en la prononçant je sais que Napoléon et Smith sont exclus de la signification de cet « homme »-là. Mais dans cette autre phrase : « quelle admirable chose que l’homme ! », Napoléon et Smith ne sont pas exclus, et je le sais encore. Cette conscience surajoutée à la représentation constitue un état psychique tout à fait positif, qui donne un « sens » à ce qui ne serait autrement que simple bruit et simple image sans signification ; et c’est elle encore qui détermine avec une précision absolue la suite de mes pensées, l’ordre de mes mots et de mes représentations.

Eût-il l’habitude de ne se représenter les choseg que par images vives, nettes et concrètes, un esprit

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