CHAPITRE XIV
L’état de conscience où je reconnais un objet nest pas la répétition de l’état de conscience où je le connus . c’est un état de conscience nouveau. — Ce que nous avons dit des modifications incessantes de la conscience (cf. p. 202) peut nous dispenser d’insister sur cette conclusion. Ainsi, mon fauteuil fait partie des objets dont je me suis fait des concepts grâce auxquels je les reconnais comme « les mêmes » ; je le vis hier et le reconnus en le voyant alors. Si aujourd hui je pense à lui comme le même fauteuil que j ai vu hier, il est clair que cette reconnaissance est quelque chose de plus que sa simple représentation, et qui modifie intérieurement cette représentation. Bref, il est logiquement impossible qu’un même objet soit connu comme le même du seul fait que 1 on a de lui deux mêmes représentations. Et en fait, nous voyons se différencier à l’infini les états de conscience où nous savons penser une même chose. Nous pensons un objet tantôt dans un état substantif, tantôt dans un état transitif, tantôtdirectement dans sa représentation, tantôt indirectement dans tel ou tel symbole; néanmoins, nous savons de façon ou d’autre qu’en ces divers états de conscience nous pensons cet unique objet à l’exclusion de tous les autres objets possibles. — Ici l’introspection doit abandonner la partie ; car sa termi- .nologie sans souplesse ni finesse lui interdit de suivre les sinuosités délicates de la vie subjective. Tout ce qu’elle peut faire, c’est de témoigner que « le même » peut être connu par toutes sortes d’états de conscience différents ; et son témoignage défie toute contradiction.