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CHAPITRE XV

de l’expérience ; ce sont des abstractions tardives. Ce que la vie nous présente dès le premier instant, ce sont des objets concrets, que d’une part nous pouvons relier au reste d’un univers avec lequel ils ont une vague continuité et qui les enveloppe dans l’espace et le temps, que d’autre part nous pouvons morceler et diviser en éléments intérieurs. G est nous qui les morcelons, nous encore qui les relions. Leur connaissance est à ce prix ; et bien habile qui pourrait dire si nous usons ici de plus d’analyses que de synthèses. Cependant c’est la discrimination, et une discrimination raffinée, qui détermine les « sensations simples» élevées par l’associationnisme traditionnel à la dignité d’ « éléments premiers » et au rôle de matériaux des constructions ultérieures. Commençons donc par l’étude de la discrimination et de l’analyse.

Définition de la discrimination. — Remarquer une partie quelconque de notre expérience présente, c’est faire acte de discrimination. J’ai déjà décrit page 282, à propos de l’attention dispersée, comment nous tombons, souvent involontairement, dans l'état d’indiscrimination, même en face d’objets que nous avons déjà appris à distinguer. Le chloroforme, l’acide nitrique et d’autres anesthésiants analogues produisent parfois une désagrégation plus grande encore de la conscience, désagrégation passagère que caractérise en particulier la perte du sens des distinctions numériques ; le sujet continue à voir et à entendre, mais ne saurait absolument dire s’il voit une ou plusieurs couleurs, s’il entend un ou plusieurs sons. Quand on a préalablement distingué les éléments d’un objet, jusqu’à faire porter l’attention sur chacun d’eux isolément, il devient très difficile de percevoir l’objet dans son ancienne unité ; on peut même être assez obsédé de ses divisions pour se refuser à croire qu’il ait jamais pu exister sous la forme d’un tout

LA DISCRIMINATION

indivis. Erreur indéniable, qui contredit ce fait que la division est acquise et l’indivision originelle. Quel que soit leur nombre et la diversité de leurs sources sensorielles, toutes les impressions qui tombent simultanément dans la conscience y composent un objet individuel, A MOINS D’AVOIR ÉTÉ ÉPROUVÉES DÉJÀ SÉPARÉMENT. Fusionne tout ce qui peut fusionner, ne se distingue que ce qui ne peut faire autrement ; la fusion est la règle et la distinction l’exception. Reste à voir les causes qui introduisent les distinctions dans la conscience : c’est ce qui fait l’objet de ce chapitre.

Conditions favorables à la discrimination. — Je parlerai successivement

1° des différences connues pvcs: perception immédiate ;

2° des différences connues par inférence ;

3° des différences obtenues par différenciation d’un tout en ses parties.

Différences connues par perception immédiate. — Pour que nous puissions les distinguer, les objets doivent remplir une première condition ; présenter des différences RÉELLES de temps, de lieu ou de qualité. En d’autres termes, et pour parler physiologie, ils doivent éveiller des processus nerveux distincts. C’est là une condition nécessaire ; mais, nous venons de le voir, ce n’est pas une condition suffisante : pour le dire tout de suite, les divers processus nerveux doivent être suffisamment distincts. Personne ne peut s’empêcher de distinguer une raie noire sur un fond blanc, ou une note profonde d’une note aiguë qui la suit immédiatement. Il y a ici discrimination involontaire. Mais dans les cas de moindre différence objective, la discrimination peut exiger un effort d’attention considérable.

Seconde condition les objets qui diffèrent ne doivent pas impressionner simultanément, mais SLCCES-

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