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CHAPITRE XV

l’élévation et la chaleur. Il se trouve, en fait, que nombre de sensations se présentent toujours avec les mêmes concomitants, et que l’analyse ne saurait jamais les en détacher ; c’est ce qui arrive en particulier pour les sensations provoquées par la contraction du diaphragme, l’expansion des poumons, le raccourcissement de certains muscles, et la rotation de certaines jointures. Nous savons par ailleurs que tous ces mouvements ont des causes multiples, et nous voulons que leur sensation totale soit composée de sensations élémentaires; d’où ces théories de « fusion », d’ « intégration », de « synthèse », que sais-jè encore? Mais jamais l’introspection ne nous donne l’analyse de ces prétendus composants. La psychologie de l’émotion nous fournira un cas tout à fait remarquable de ces pseudocompositions. Toute émotion s’exprime par divers symptômes : accélération de la respiration, battements du cœur, rougeur du visage, etc., dont chacun donne lieu à des sensations physiques qui, nécessairement et invariablement, font corps avec l’émotion. Il en résulte que nous ne pouvons saisir l’émotion en elle-même comme fait spirituel séparé de ces ingrédients psychiques inférieurs. Il est même impossible de prouver l’existence d’une émotion pure dans la conscience ; pour ma part, je crains bien que l’émotion pure ne soit un mythe.

Donc, en principe, si un objet nous donne quatre impressions diverses et simultanées abcd, nous ne percevons qu’une seule impression d’ensemble, qui est dorénavant aux yeux de la conscience la représentation de cet objet et le signe de sa présence ; pour analyser abcd, le concours de nouvelles expériences est indispensable. Ce sont ces expériences qu’il nous faut maintenant étudier.

Tout élément ou qualité a d’un objet abcd, pour pouvoir être dissocié de son groupe, doit préalable-

LA DISCRIMINATION

ment avoir en nous son image individuelle, vagué ou précise, mais distincte de bcd. Cette image individuelle s’explique alors soit par une expérience antérieure dont a fut l’objet unique, soit par toute autre expérience passée qui nous en procura la connaissance séparée. Analyser un objet, c’est faire porter l’attention sur chacun de ses éléments un à un. Nous avons vu, au chapitre xiii, que l’attention est conditionnée par la formation en nous d’une image individuelle de l’objet, image interne qui va, pour ainsi dire, au-devant des impressions externes venues de l’objet lui-même. L’analyse, dépendant de l’attention, dépendra donc comme elle de l’imagination. Les seuls éléments que nous puissions discerner dans une impression sensorielle totale sont ceux dont nous avons eu une représentation séparée, et dont nous gardons une image individuelle. Il semble qu alors cette image salue son sosie dans le groupe donné et l’en fasse sortir ; à ce prix le groupe est vraiment décomposé en éléments pour notre conscience.

Tous les faits qui nous ont servi au chapitre xiii à montrer dans l’attention un mécanisme de reptoduction interne de l’objet peuvent donc également nous servir à montrer ce mécanisme dans la discrimination. Quand on cherche un livre dans une bibliothèque, on le trouve plus vite si l’on a dans l’œil l’image de son format que si l’on n’a que des indications de titre, de contenu, etc. Ceux qui n’ont pas expérimenté le goût de Yassa fætida pure auront bien du mal de le retrouver dans la « Worcestershire Sauce ». Ln peintre ne pourrait jamais reconnaître dans une couleur « froide » la présence d’un bleu dilué, s il n avait antérieurement connu ce bleu à l’état pur. Toutes les couleurs que nous voyons autour de nous sont des couleurs mélangées ; il y a du blanc dans les couleurs primaires les plus pures. Nous n’avons aucune

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