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CHAPITRE XVI

sélections. 11 est bien intéressant de voir Locke et nombre de psychologues plus récents d’Europe forcés d’invoquer un processus mécanique pour expliquer les aberrations de la pensée : obsessions, obstructions mentales, folies, etc. Ce processus est pour eux la loi d’habitude, l’équivalent de notre association par contiguïté. Mais ils ne prennent point garde qu’une cause rendant parfaitement compte de quelques idées et séquences mentales pourrait tout aussi bien rendre compte d’autres idées et séquences, et que l’explication mécanique peut tout aussi bien expliquer les associations favorables que les associations défavorables à la pensée. Aussi Hartley a-t-il émis l’idée que l’habitude suffit à rendre compte de toutes nos séquences ; c’était là porter franchement le problème sur le terrain causal, et traiter à un même et unique point de vue toutes les associations, les rationnelles et les irrationnelles. Pourquoi passe-t-on immédiatement de A k Ou pourquoi pense- t-on toujours A Qi B ensemble ? Tels furent les deux problèmes concrets que Hartley entreprit de résoudre par la physiologie cérébrale. Il prenait, à mon avis, le bon chemin, et envisageait la question par son côté essentiel ; je vais reprendre ses conclusions en les éclairant de distinctions qu’il n’a pas faites.

Les associations portent sur les objets des idées et non sur les idées elles-mêmes. — Pour être sûrs d’éviter toute confusion, déterminons notre dictionnaire. Il importe en effet de bien distinguer l’association, processus physiologique, de l’association, processus psychologique : celle-là est la cause de celle-ci ; celle-ci n’est que la résultante conscientiellejde celle-là. L’association psychologique est une liaison mentale, non pas entre des idées, mais bien entre les objets de ces idées ; nous parle-

l’assooaxion

rons toujours comme si c’étaient les choses, et non pas leurs idées, qui s’associaient dans la conscience. Nous ne parlerons jamais à' associations d’idées, au sens strict du mot. Par contre, l’association physiologique est une liaison entre processus cérébraux ; et c’est elle qui détermine et règle l’ordre de succession de nos états de conscience.

Le principe fondamental. — Je vais essayer de montrer que, toute réduction faite, il n’y a pas lieu, dans la recherche des causes de l’association, d aller au-delà de la loi d’habitude nerveuse. Quel que soit le contenu de la conscience, ce contenu est toujours déterminé par l’activité d’un processus cérébral élémentaire, et par l’excitation qu’il transmet à tels ou tels des autres processus élémentaires qu’il a déjà antérieurement excités. C’est à la fois le nombre de tous les processus simultanément en activité, et la nature de ceux d’entre eux qui réussissent à exciter les autres, qui déterminent et l’activité générale du cerveau à un moment donné, et conséquemment la présence de tel objet dans la conscience a ce même moment. Pour qui ne regarde pas de ce cote, mais cherche dans la nature des objets conscientiels la loi de leur succession, la présence actuelle de tel objet s’explique par des associations de contiguïté, de ressemblance, de contraste, ou de tel autre type de liaison qu’on se plaît à déclarer irréductible aux autres. Mais ces causes apparentes ne sont que des résultantes, et la production d’un état de conscience doit à chaque fois s’expliquer, en dernière analyse, par de pures variations quantitatives dans les processus cérébraux élémentaires momentanément en aetivi e sous le contrôle de la loi d’habitude.

Voilà ma thèse en raccourci ; je l’éclaircirai bientôt et la compléterai en montrant à côté de la loi d’habitude nerveuse certains facteurs qui viennent à la fois

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