CHAPITRE XVI
troubler son action et coopérer avec elle au résultat final.
Posons donc ce principe, qui dominera toutes nos analyses ultérieures : quand deux processus cérébraux élémentaires ont été en activité Vun en même temps que l’autre, ou l’un immédiatement après Vautre, le premier qui revient tend à communiquer son excitation à l’autre.
En fait, tout processus nerveux s’est inévitablement trouvé à bien des reprises en association d’activité avec beaucoup d’autres processus : lequel de tous ces anciens compagnons va-t-il réveiller? A va-t-il s’associer .S ou C ? La solution de ce nouveau problème va dépendre d’un nouveau postulat, fondé sur les faits de tension dans les tissus nerveux et sur les faits de sommation d’excitations (cf. page 165, l’étude de ces excitations incomplètes ou latentes qui se somment en résultantes efficaces). A sera suivi de B et non pas de C, s’il se trouve ajouter sa propre excitation à la sous-excitation de D, ancien associé de B, mais non de A. Formulons notre nouveau postulat :
Dans un point donné a de V écorce cérébrale, la quantité d’activité déployée est la somme de toutes les tendances des autres points b, c, d, etc., à s’y décharger ; ces tendances d’ailleurs ayant une intensité proportionnelle : 1) au nombre de fois où b, c, d, se sont trouvés antérieurement en communauté d’excitation avec a; 2) à l’intensité de ces anciennes excitations ; et enfin 3) ci l'absence d’un point rival x, sans rapport avec a, et qui pourrait détourner à son propre profit les décharges de b, c,d.
Voilà une formule bien compliquée de notre loi fondamentale ; mais cette formule finira par tout simplifier. Nous allons d’abord la vérifier dans les cas de pensée et d’idéation spontanées, dont la rêverie et la méditation lâche nous fournissent d’excellents
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exemples. Nous examinerons ensuite le cas de la réflexion volontaire qui se bande vers une fin précise.
Idéations spontanées. — Soit, pour fixer nos idées, ces deux vers d’Athalie, acte I, scène I (1) :
« Déplorable héritier de ces rois triomphants, » et
« Si du sang de nos rois quelque goutte échappée, » etc. Pourquoi, quand je récite de mémoire le premier de ces vers, et que j’arrive à « rois », la fin du second vers, qui jaillit, pour ainsi dire, de ce mot, ne jaillit-elle pas également de ma mémoire de façon à embrouiller le sens du vers que je récite? Pour une raison bien simple ; le processus du mot qui suit « rois y) n’est pas excité uniquement par le processus de « rois », mais par ce processus plus les processus des mots précédents. Pris en lui-même et à son maximum d’activité, le processus de « rois » pourrait en effet se décharger indifféremment dans le processus de « triomphants » ou dans celui de « quelque gouUe ». Pareillement, les processus des mots précédents (dont l’activité est en ce moment beaucoup moins intense que celle du processus de « rois ») pourraient fort bien, pris un à un, se décharger dans le processus de n’importe lequel des mots innombrables auxquels ils se sont trouvés associés. Mais quand vibrent simultanément dans le cerveau les multiples processus de « Déplorable héritier de nos rois » (le dernier a sa phase d’excitation maximum, les autres à leurs differentes phases d’excitation décroissante), alors la ligne de décharge la plus forte est nécessairement celle
(1) James utilise deux vers de « Locksley Hall » :
« I the heir of ail îhe âges in the foremost files of time, »
For I doubt not through îhe âges one increasing purpose [ runs. )»(>■• D- T.)
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vers laquelle convergent tous les processus. C est donc « triomphants » qui viendra, et non pas « quelque goutte », ou n’importe quel autre mot ; parce que le processus de « triomphants » a antérieurement vibré à l’unisson, non seulement du processus de « rois », mais de ce processus joint à tous les processus actuellement évanouissants des mots qui precedent « rois ». Nous retrouvons ici un excellent exemple de l’efficacité des « franges » sur la pensée (cf. page 217). ^
Mais supposez que l’un des mots precedents, « neritier » par exemple, se trouve avoir une association extrêmement forte avec quelques processus cérébraux sans aucun rapport avec le texte ; supposez, par exemple, que le lecteur d’Athalie attende anxieusement l’ouverture d’un testament qui doit le faire millionnaire : il est bien probable alors que la voie de décharge à laquelle tendent normalement tous les mots du vers se brisera brusquement au mot « héritier ». Ce mot excitera un tel intérêt émotionnel qu’il aura la force de faire prévaloir ses propres associations sur les associations combinées de tous les mots réunis. C’en sera fait alors d’Athalie : notre homme ne pensera plus qu’à son million.
Tous les ans il me faut apprendre les noms d’un grand nombre d’étudiants ; ces étudiants se rangeant par ordre alphabétique dans notre salle de conférences, je sais leur nom quand je les vois à leur place accoutumée. Cependant, si je rencontre l’un d’eux dans la rue, surtout au début de l’année, il est bien rare que sa figure me rappelle son nom; elle me rappellera plutôt sa place dans la salle, puis les figures de ses voisins, et conséquemment sa' place dans l’ordre alphabétique ; enfin toutes ces données combinées finissent généralement par faire surgir dans mon esprit leur commun associé, le nom de l’étudiant.
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Un amphytrion voulait faire ses hôtes juges des progrès accomplis par son fils (rien moins qu un enfant prodige) au kindergarten ; dressant alors son couteau sur la table : « comment appelles-tu cela, mon garçon ? » dit-il. « C’est un couteau », répondit le bonhomme avec conviction ; et la question eut beau lui être répétée sous des formes diverses, il s’opiniâtra dans sa réponse. Enfin, le père, se rappelant qu’au kindergarten la leçon se donnait avec un crayon, en sortit un fort long de sa poche, le dressa et obtint ainsi la réponse tant désirée : « c’est une verticale. » Le mot ne pouvait revenir sans l’action combinée de toutes les circonstances de la leçon du kindergarten.
Rappel intégral. — Si la loi d’ « association composée », comme l’appelle Bain, fonctionnait à la perfection et sans que rien vînt du dehors modifier son jeu, elle ferait de l’esprit un forçat perpétuellement occupé à moudre des souvenirs concrets sans pouvoir en omettre un détail. Supposons, par exemple, qu’une conscience se mette à penser en prenant le souvenir d’un dîner comme point de départ. Tous les . détails réunis de ce dîner ne pourront évidemment rappeler que le premier événement concret dont il fut suivi ; tous les détails de cet événement en appelleront nécessairement un second, et ainsi de suite. Soit^ le dernier acte du dîner, et B le retour immédiat à la maison par une nuit de gelée ; soit a, h, c, d, e les processus nerveux excités durant A, et /, m, n, o, p les processus excités durant Je dis que la pensée de A éveillera nécessairement la pensée de B, parce que a, b, c, d, e se déchargeront tous et chacun en /, en repassant par les mêmes voies nerveuses qu ils suivirent lors de la décharge primitive. Ils se déchargeront en m, en'n, en o et en p,^ chaque fois renforcés par ces derniers processus eux-mêmes qui,