CHAPITRE XVI
nous souvent à penser dans deux instants successifs à deux objets que des inondes ou des siècles séparent, ü nous faut alors reprendre pas à pas le chemin parcouru pour voir comment la loi de Hodgson nous permet de passer naturellement de l’un a l’autre. Ainsi, en ce moment (1879), je viens de regarder à ma pendule, et je pense à un récent décret du Sénat sur les billets de banque garantis par l’Etat. La pendule m’a fait penser à l’ouvrier qui a réparé son timbre ; l’ouvrier, au magasin de joaillerie où je 1 ai rencontré récemment ; le magasin, à des boutons de chemise que j’y ai achetés ; les boutons, à la valeur de For et à sa dépréciation récente ; cette dépréciation, à la valeur constante des billets de banque de l’Etat ; et enfin, j’ai passé naturellement à la question de leur durée éventuelle et à la proposition Bayard. Toutes ces représentations pouvaient m ofirir différents points d’intérêt : il est facile de dégager ceux qui servirent de pivots à ma pensée. C’est d’abord le timbre qui m’a le plus intéressé dans la pendule : timbre devenu criard, d’argentin qu’il était, ce qui m’agaçait naturellement, (Notez que la pendule aurait pu me faire penser à l’ami qui me la donna, ou à mille autres détails concernant les pendules.) Le magasin de joaillerie me rappela les boutons ; de tous ses trésors, en effet, c’est le seul que j’aie la joie égoïste de posséder. L’intérêt que m’offrent ces boutons me fît penser à leur valeur, qui leur vient du métal dont ils sont faits, etc., etc. A quelque moment que vous vous arrêtiez pour vous demander, « comment en suis-je donc venu à penser à cela ? » vous trouverez toute une suite de représentations reliées les unes aux autres par un réseau où s’enchevêtrent des lignes de contiguïté se soudant à des points d’intérêt. Tel est, chez des esprits moyens, le processus ordinaire des associations spontanées : appelons-le association mixtCy
l’association
OU association ordinaire, ou, si nous aimons mieux, rappel partiel.
Quels sont, parmi les « associés » d’un état de conscience, ceux qui reviennent dans le rappel partiel ? — Prenons maintenant une conscience au moment précis où elle va passer d’un état A à un état B. Un élément de A est assez puissant, de par son propre intérêt, pour imposer l’un ou l’autre de ses associés comme l’élément essentiel de B : pouvons-nous dire lequel, et déterminer d’avance ce lauréat de l’association ? Car les candidats sont nombreux. Gomme le dit Hodgson : « à la dissolution d’un objet, ses éléments intéressants retrouvent leur liberté d’association , ils peuvent se combiner à nouveau avec tout objet, ou tout élément d’objet, qui fut antérieurement leur associé. Toutes ces combinaisons antérieures peuvent donc reparaître dans la conscience ; mais une seule y reparaîtra ; laquelle ?»
« Il n’y a pas deux réponses possibles, dit Hodgson . ce sera la combinaison la plus habituelle. Elle se reconstitue aussitôt dans la conscience où elle forme un objet dont le noyau de concentration est l’élément survivant de l’objet précédent ; tous ses anciens asso- . ciés viennent tour à tour reprendre leur ancienne place. Mais à peine la reconstitution a-t-elle commencé, que la loi d’intérêt, recommençant son jeu, fait saillir dans le nouvel objet de nouveaux e ements plus intéressants et les impose à l’attention, laissant les autres dans l’ombre. Et ainsi à 1 infini. Je me hasarde à-proposer cette analyse comme 1 explication vraie et complète de tout le processus de redmtegra-
^'""L’ilplication de Hodgson ne pèche que par défaut ; elle a le tort de n’ouvrir au processus de 1 element
(1) Hodgson, op. cit.