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CHAPITRE XVI

intéressant que les voies nerveuses habituelles, à-dire les plus fréquemment suivies. Or il peut fort bien se décharger en d’autres. Autrement dit, la trequence est certainement une cause puissante d association ; à coup sûr ce n’est pas la seulé. Sans doute si, sans crier gare, je prononce le mot chauffeur (1), un sportsman pensera à une automobile, un historien aux brigands du Directoire, un mécanicien à son compagnon sur la locomotive ; de même encore les trois mots lit, bain et matin suggéreront invinciblement toute la toilette du lever, dont en effet le lit, le bain et le matin sont les « associés » habituels. Mais bien souvent les associations habituelles se trouvent obstruées. Ainsi, tel volume, dont la vue me rappelait fréquemment les idées que j’y ai trouvées, vient de faire luire en ma conscience l’idée de suicide, à laquelle je ne l’ai jamais associé. Pourquoi? Parce que pas plus tard qu’hier une lettre est venue m’apprendre le suicide de son auteur. Ainsi donc l’idée récemment associée est un aussi bon candidat que l’idée fréquemment associée. L’expérience le prouve amplement et si bien que d’autres preuves seraient ici superflues. Si j’ai rencontré mon ami ce matin, son nom prononcé à l’aventure me rappellera les détails de notre entrevue, de préférence à tous autres détails éloignés concernant mon ami. Si l’on vient à parler de Shakespeare devant un homme qui a lu Richard II la veille au soir, l’esprit de cet homme sera traversé de souvenirs de Richard II, plutôt que de souvenirs de Hamlet ou à' Othello. L’excitation de processus particuliers, et de même le caractère particulier d’une excitation générale du cerveau, laissent ensuite

(l) L’analyse portant sur l’interprétation, suggérée par l’habitude, de mots à double-sens, il noua faut ici remplacer quelques exemples anglais par un exemple français, (n. d. t.)

L’ASSOaATION

les nerfs dans un état de sensibilité et de tension qui met des jours à disparaître. Tant qu’il dure, ces nerfs peuvent se remettre à vibrer pour une cause qui les laisserait insensibles en d’autres temps. Donc, de même que la fréquence, la récence dune expérience est une cause déterminante, et de premier ordre, de sa résurrection dans la conscience (1).

J’en dis autant de sa vivacité. Si nous avons jamais assisté à une exécution capitale, nous la reverrons à peu près certainement à chaque fois qu’d sera question de la peine de mort dans une conversation ou dans un livre. C’est ainsi que tel fait marquant de notre jeunesse nous servira dans la suite, grâce a sa haute valeur émotionnelle ou à sa nature extraordinaire, d’exemple et de type auquel nous rapporterons les faits courants, si peu qu’ils s’én rapprochent. Un homme qui aura vu Napoléon dans son enfance ne manquera pas de raconter les incidents de cet événement mémorable, pour peu qu’on parle devant lui de grands hommes, de faits historiques, de batailles et de trônes, de renversements de fortune ou d îles perdues dans l’Océan. Sans que vous vous y attendiez, j’écris ici le mot : dent ; laissez-lui le temps de vous suggérer une image : il y a cinquante chances sur Spour que ce soit l’image d’une séance de chirurffie dLtairl où vous jouâtes un rôle peu divertissant.

vous seJez vos dents tous les jours ne tût^ee qu'en mangeant ; ce matin même vous les avez brLées, soignées, nettoyées ; et voila autant

1 îrsî rrnp d’une « récence « limitée à quelques

K s Galtou a trouvé que des mots lus à l'aventure réveilheures. Gaitona irouv h e et jeunesse que des

lent écoulées. Voyez dans^ses

souvenirs ^ années . 191-203, une description

ÏÏËUn^S— d'evÆences faites sur ce point spécial.

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