CHAPITRE XVI
d’associations toutes prêtes à revenir : c’est cependant la plus ancienne et la plus rare qui se présente, parce que c’est de beaucoup la plus vive.
Un quatrième facteur qui influe sur la suite de nos associations est Vaffinilé émotionnelle qui existe entre l’idée reproduite et nos dispositions du moment. Selon que nous sommes gais ou tristes, les mêmes objets ne nous rappellent pas les mêmes souvenirs. Rien de plus frappant que notre impuissance à maintenir en nous des suites d’images joyeuses quand nous sommes déprimés. Le mélancolique a sans cesse l’imagination hantée de tempêtes, d obscurités, de guerres, de maladie, de pauvreté, de mort et d’épouvante. Le sanguin, tout à la joie de vivre, n’arrive pas à donner quelque consistance aux idées sombres ou aux mauvais présages ; en une seconde ses associations courent, telles des rondes dansantes, vers les fleurs et le soleil, le printemps et l’espoir. Aujourd’hui je ne perçois dans les récits de voyages aux pôles ou à travers l’Afrique que les horreurs d’une nature méchante ; hier mon enthousiasme n’y voyait que la toute-puissance de l’homme sur cette même nature asservie. Peu de romans débordent de vie et d’entrain à l’égal des « Trois Mousquetaires » de Dumas ; donnez ce livre à un homme anéanti par le mal de mer, et peut-être n’éprouvera-t-il (experto crede) qu’un haut-le-cœur en lisant les cruelles et sanglantes prouesses d’Athos, de Porthos et d’Aramis.
Ainsi, la fréquence, la récence, la vivacité et l’affinité émotionnelle constituent à une représentation quelconque tout autant de chances d’être évoquée, de préférence à d’autres, par l’élément intéressant de la pensée qui s’en va. Autrement dit, nous pouvons affirmer avec certitude que, dans la majorité des cas, l’état de conscience à venir sera une représentation ou familière, ou récente, ou vive, et quelle sera
l’association
« accordée » au contenu actuel de notre conscience. Toute représentation qui présente ces quatre coefficients à la fois est pour l’objet A en train de s’évanouir l’associé favori dont on peut prédire à peu près infailliblement qu’il va passer de la subconscience à la conscience, pour faire partie intégrante de l’objet B immédiatement à venir. Ceci nous permet au moins d’introduire quelque déterminisme dans la succession des états de conscience, et de réduire l’infinité des candidats possibles à un certain nombre de candidats favoris, dont les chances sont déterminées par la nature de notre passé conscientiel. Toutefois, il faut bien avouer que la chaîne des représentations présente encore un nombre incalculable de chaînons dont la présence défie tonte explication. Pourquoi, par exemple (je reviéns à ma pendule), le magasin de joaillerie m’a-t-il fait penser à des boutons de chemise plutôt qu’à une chaîne, qui était cependant la dernière en -date de mes acquisitions, et qui avait à mes yeux une valeur supérieure et un intérêt sentimental bien autrement vif ? Analysez vos associations et vous y trouverez de ces imbroglios. Ainsi donc meme Lns les cas d’association mixte, c’est-a-dire dans les cas les plus ordinaires et les plus voisins de la rédintégration parfaite, nous ne pouvons prédire lequel de ses associés possibles va s’associer en fait le dernier élément intéressant de la chaîne conscientielle : il faut reconnaître ici le hasard, hasard pour nous s’entend ; car ce hasard est certainement determme par des causes cérébrales, mais si ténues et si fuyantes qu’ elles défient nos analyses.
Rappel « centré » ou association par ressemblance. — En parlant du rappel partiel, ou association mixte, nous avons constamment supposé à l’élément intéressant de la pensée en train de disparaître assez d’étendue et de complexité pour pouvoir constituer