CHAPITRE XVI
un objet concret à lui seul. Ainsi, W. H ami ton rapporte que, pensant un jour au Ben Lomond, il en vint à songer au système prussien d’éducation, et qu’il trouva comme chaînons intermediaires entre deux représentations si distantes un allemand rencontré au Ben Lomond, l’Allemagne, etc. L’élément intéressant de sa représentation du Ben Lomond, c’est-à-dire l’élément qui avait déterminé la suite de ses idées, était donc l’image très complexe d’un homme. Supposons maintenant que l’attention rétrécisse encote le champ de son intérêt, et qu’elle en vienne à ne plus fixer dans l’objet en train de disparaître qu’une qualité ou propriété abstraite, qualité ou propriété si amenuisée qu’on ne la puisse plus prendre pour un objet. Supposons en outre que l’élément ainsi accentué, loin de s’évanouir avec la représentation dont il faisait partie, lui survLe dans la conscience (ou, en langage de physiologie cérébrale, que son processus continue après l’évanouissement de tous les autres). Cet élément ne manquera pas d’évoquer à l’ordinaire ses propres associés et de les grouper autour de lui ; ainsi se constituéra un nouvel état de conscience, dont l’objet aura avec l’objet de l’état de conscience disparu un rapport de ressemblance. Et les deux états de conscience donneront un exemple d’ « association par ressemblance ».
Remarquez que ces deux objets semblables sont des objets complexes. Nous touchons ici à une loi expérimentale : jamais une « idée simple » ne présente la moindre tendance à nous rappeler une idée qui lui ressemble ; et il en est de même des attributs et des qualités « simples ». Une nuance de bleu ne nous rappellera jamais une autre nuance de bleu, — à moins toutefois que nous ne songions à quelque nomenclature ou à quelque comparaison, ce qui nous obligerait à parcourir la gamme des bleus.
l’assoctation
Maintenant, pour être semblables, deux objets complexes doivent avoir en commun quelque qualité ou quelque groupe de qualités : leurs autres qualités les opposant d’ailleurs l’un à l’autre autant que l’on voudra. La lune ressemble à la flamme d’un bec de gaz ; elle ressemble aussi à un foot-ball ; et il n’y a aucune ressemblance entre un foot-ball et la flamme d’un bec de gaz. Quand nous parlons de ressemblance entre deux objets complexes nous devrions toujours dire par quoi ils se ressemblent ; nous devrions marquer, par exemple, que . la lune rappelle la flamme du bec de gaz par sa lumière exclusivement, et le foot-ball par sa forme ronde exclusivement. Entre la flamme du bec de gaz et le foot-ball il n’y a aucune ressemblance, parce qu’il n’y a aucun point commun, aucun attribut identique. Ressemblance signifie donc identité partielle d'objets complexes ; deux phénomènes ne sont semblables que pour autant qu’ils présentent tous deux le même attribut.— Revenons maintenant à nos associations. Nous pouvons facilement comprendre comment je suis amené, par exemple, à passer de l’idée de la lune d’abord à l’idée d’un foot-ball, puis à 1 idée d un des chemins de fer de M. X. De l’ensemble des attributs de la lune s’est détaché un attribut spécial, celui de « forme ronde >), qui a groupé aussitôt autour de lui toute une série de nouveaux associés : élasticité, revêtement de cuir, aptitude à rouler, etc. ; puis ç’a été le tour de l’attribut « aptitude à rouler » de se disjoindre lui aussi de ses compagnons pour s’en associer de nouveaux, etc. ; et ainsi fus-je amené à la longue à penser au « roi des chemins de fer », aux hausses et aux baisses du marché, etc..
On peut donc aller progressivement et sans solution de continuité du rappel intégral au rappel « centré » en passant par le rappel partiel, comme le font