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CHAPITRE XVI

des mystères qu’il faut constater sans les expliquer. Peut-être les comprendrons-nous un peu le jour où nous connaîtrons mieux le détail de la mécanique cérébrale ; peut-être cette mécanique n’y suffira-t-elle pas, et nous faudra-t-il invoquer en outre les réactions de la dynamique mentale. Mais nous ne pouvons nous engager dans cette vole.

Les idéations volontaires. — Jusqu’ici nous nous sommes placés dans l’hypothèse où les pensées se suggèrent spontanément les uneè les autres. Alors les images vont à l’allure qui leur plaît, tantôt suivant à petits pas tranquilles les sillons de 1 habitude, tantôt avançant par gambades, sauts, bonds et courses folles à travers le temps et l’espace. C’est 1 allure musarde de la rêverie. Mais la pensée connaît d’autres allures, où elle subit la direction de la volonté qui se tend vers un but déterminé, ou est orientée par un intérêt conscient.

Si nous parlons physiologie, nous dirons que la recherche volontaire d’un but implique l’activité continue de certains processus cérébraux assez précis, tout le long d’une suite de pensées. Car d’ordinaire nous ne faisons pas que rêver et nous laisser aller au fil de nos images ; nos représentations évoluent généralement autour de quelque sujet central avec lequel elles ont pour la plupart quelque rapport, et vers lequel nous les ramenons d’autorité au premier instant qu’elles s’en écartent. Si ce sujet réussit à rester présent dans la conscience, c’est évidemment que les processus dont nous venons de parler continuent à rester actifs dans le cerveau. Dans les associations mixtes qui nous ont occupés jusqu’ici, l’élément qui dans chaque objet sert de pivot aux évolutions de la pensée, dérive en grande partie son intérêt de quelque intérêt général actuellement dominant dans la conscience. Soit Z le processus cérébral correspondant

L’ASSOaATION

à cet intérêt général, et abc l’objet qui fournit un pivot à la pensée : si b présente plus de rapports avec Z que a ou c, c’est b qui constituera la partie intéressante de abc, et qui sera le pivot de la pensée ; à ce titre il aura le privilège exclusif d’évoquer ses propres associés. Car le processus de b verra son énergie s’accroître de l’énergie de Z, à laquelle n’auront part ni a ni c, faute de s’être préalablement trouvés en connexion avec Z. Si, par exemple, je pense à Paris à un moment où j’ai faim, il y a bien des chances que les restaurants de Paris servent de pivot à révocation de mes souvenirs, etc., etc.

Gomment se posent les problèmes. — Or il arrive, tant dans la vie spéculative que dans la vie pratique, que certains de ces intérêts généraux prennent un très vif relief et exercent une action puissante sur la pensée, en s’incarnant dans l’image précise d’une fin à réaliser. Ils organisent généralement alors les représentations qu’ils évoquent sous la forme de moyens orientés vers cette fin. Quand la seule pensée de la fin ne suffit pas à suggérer immédiatement les moyens, il faut les chercher, et cette recherche devient un problème, c’est-à-dire un état de conscience tout à fait original. Ce qui le caractérise, c’est qu’il tend à une fin nouvelle et provisoire, précisément cette recherche des moyens ; et de cette fin-là nous n’avons aucune représentation distincte, elle nous sollicite sans que nous l’imaginions et se dérobe au moment même où nous épuisons le plus à la réaliser (Cf. p. 316).

On expérimente un état d’esprit analogue toutes les fois qu’on s’efforce de retrouver un nom oublié, ou de donner les raisons d’un jugement fait d’intuition. Alors, sous l’impulsion du désir, les représentations se tendent et se pressent dans une direction que l’on sent juste, mais vers un point que l’on ne saurait

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