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CHAPITRE XVI

voir encore. Bref, V absence d’un objet est un facteur d’idéation aussi positif que sa présence pourrait l’être ; car ce n’est pas une pure absence, un simple vide ; c’est, si vous le voulez, un vide cuisant. Pour transposer en termes de physiologie ce phénomène d’une pensée purement potentielle et cependant active, nous sommes amenés à supposer quelque excitation à ses processus, une excitation faible et subconsciente, mais réelle. Essayez, par exemple, d’imaginer ce qui se passe chez un homme qui se met le cerveau à la torture pour retrouver une pensée de la semaine passée. Il possède bien les associés, ou du moins une bonne partie des associés ^^de cette pensée-là ; mais ces associés n’arrivent pas à évoquer leur ancienne compagne. Cependant leurs processus s’irradient d’une façon quelconque dans son processus ; nous en avons pour preuve le tressaillement incessant de l’esprit toujours sur le point de retrouver la pensée oubliée ; il perçoit déjà son rythme, auquel il ne manque plus que les mots ; mais ces mots se dérobent obstinément (voyez p. 212). La seule différence à relever entre l’effort que l’on fait pour retrouver une pensée oubliée et celui que l’on fait pour trouver les moyens d’une fin, c’est que celui-là seul tend à restaurer une expérience ancienne. Aussi ferons-nous bien de commencer par lui notre analyse ; nous serons alors plus à même de pénétrer le mécanisme de la recherche volontaire d’inconnues.

. Gomment on les résout. — Un souvenir oublié se perçoit sous la forme d’une lacune dans une série de représentations données. Nous gardons comme une obscure conscience de l’endroit où nous étions, de ce que nous faisions la dernière fois que nous rencontrâmes l’objet qui se refuse à reparaître ; nous savons même à peu près à quel ensemble le rattacher. Mais tous ces détails refusent de se fondre en

L’ASSOaATlON

un tout compact, précisément parce que manque le souvenir précis qui les fondrait, si bien que nous ne cessons de les passer en revue, toujours insatisfaits et toujours avides d’autre chose. De chacun d eux s’irradient des lignes d’associations le long desquelles notre esprit s’élance dans ses tentatives de divinanation. Nombre des détails suggérés lui apparaissent immédiatement sans signification, donc sans intérêt ; il les laisse tomber. D’autres, au contraire, nous donnent le curieux sentiment de « brûler », comme disent les enfants au jeu de cache-cache : ce sont à la fois des associés des données présentes et de l’objet absent ; aussi l’esprit les saisit-il et fixe-t-il sur eux son attention. D’où ces identifications successives ;

« la dernière fois que j’ai songé à cette chose, je me trouvais à un dîner-; mon ami X... y assistait ; on parlait de ceci et de cela ; la chose me fut suggérée par telle anecdote, à propos de telle citation de Victor Hugo, etc. » Remarquez que toutes ces associations se font spontanément, selon des processus automatiques que nous avons appris à connaître : la volonté ny est pour rien ; tout son rôle revient^ à mesure quelles se produisent, à souligner et à retenir les unes, celles qui lui paraissent d’importance, et à ignorer les autres. Mais à force de planer dans le voisinage de l’objet cherché, l’attention y accumule les associations dont les tensions nerveuses combinées finissent par forcer toute barrière, et par s’irradier dans le processus qui les attend depuis si longtemps. Alors éclate dans la conscience quelque pleine et vive représentation, source instantanée d’une joie intense qui dissipe les ennuis et, si j’ose dire, les démangeaisons subconscientes d’une attente trop prolongée.

Un diagramme va nous symboliser grossièrement tout ce processus. Appelons Z le souvenir oublié,

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