CHAPITRE XVI
tion, indépendant de l’habitude et mis sur le même pied qu’elle, capable comme elle de pousser les représentations devant la conscience. Ceci est parfaitement inintelligible. Il n’y a pas de ressemblance entre deux objets tant qu’ils ne sont pas encore associés et donnés ensemble : la ressemblance conçue comme « cause productrice » n’a aucun sens, ni dans l’ordre psychologique, ni dans l’ordre physiologique. Elle n’est qu’un rapport que nous percevons après coup, comme nous percevons après coup les rapports de supériorité, de distance, de causalité, de contenant et contenu, de substance et accident, de contraste, etc. ; toutes ces perceptions de rapports ne sont possibles qu’entre objets préalablement réunis par le mécanisme de l’association.
Conclusion. — Donc, en résumé, les trois types d' association psychologique se ramènent à trois degrés d'une même association physiologique : Vassociation du processus de la pensée en train de disparaître avec le processus de la pensée en train d'arriver. De ces deux processus le premier éveille ' le second, soit par la totalité, soit par une partie notable, soit par une partie restreinte de ses propres éléments ; le nombre des éléments engagés ne modifie absolument en rien le mode de leur activité. Pas de suggestion possible d’idées sans cette anastomose fonctionnelle, totale ou partielle, de processus. En dernier ressort, c’est donc une loi d’habitude nerveuse qui mène le train de nos idées. Ces idées suivent telle ou telle direction, s’enchaînent de telle ou telle façon, selon que les processus nerveux agissent par leur masse ou par un élément restreint ; et ceci tient à des conditions parfaitement inconnues et impossibles à deviner. Telles quelles, cependant, ces conditions différencient la pensée active, de l’homme de génie de la pensée routinière de l’esprit prosaïque et banal. Nous aurons à
l’association
revenir là-dessus à propos du raisonnement. J’espère que vous êtes bien convaincu maintenant que la physiologie cérébrale détient le secret et les raisons profondes de la suite de nos idées, et qu’à la base des suggestions de représentations il n’y a jamais que la loi d’habitude nerveuse. Évidemment, nous sommes loin du jour où les physiologistes pourront suivre de groupes de cellules en groupes de cellules les irradiations dont l’hypothèse nous a tant servi ; il y a même bien des '^chances qu’ils n’y arrivent jamais. D’autant que ce schématisme ne nous a pas été suggéré directement par l’étude du cerveau; nous l’avons emprunté à une analyse des objets de la conscience, pour le transporter analogiquement dans le cerveau et, pour ainsi dire, le lui incorporer. Il le fallait bien si nous voulions lui faire représenter les causes de l’idéation. Et c’est précisément pour avoir des causes vraiment productrices que je fais déterminer par la physiologie cérébrale seule l’ordre d appa¬
rition des états de conscience.
C’est encore à la physiologie cérébrale qu’il convient de demander les causes probables de la prépondérance momentanée de certaines associations sur d’autres. Si l’on songe à l’instabilité des processus, exigée par la constitution même des tissus nerveux on conçoit que les décharges soient plus rapides et plus fortes à certains points qu’à d’autres et que ces points fonctionnels puissent se déplacer dun instant à l antre, pour des causes d’ailleurs accidentelles Nous avons là encore un schématisme physiologique des inexplicables caprices de ^ Xi
blance cLz les esprits les mieux doues. L etude des rêves confirme cette interprétation ; car dans un cerveau qui dort, il semble y avoir réduction du grand nombre ordinaire de voies d’irradiation, quelquesunes seulement restant ouvertes. Des lors, les suites