CHAPITRE XVI
d’images les plus fantastiques et les plus incohérentes s’expliquent de ce fait que le courant nerveux ne peut suivre que les voies ouvertes par la nutrition sanguine, c’est-à-dire ne peut que courir çà et là, comme font les étincelles sur un papier brûlé.
Notre psychologié laisse à V attention sélective et à la volonté tout leur rôle, qui est de maintenir certaines représentations, de les souligner, de s’y arrêter, et par là de favoriser l’évocation de leurs associés à l’exclusion de tous autres. C’est là le boulevard par excellence du spiritualisme contre le mécanisme sur le terrain de l’association ; car tout le reste s’explique très certainement par des processus cérébraux. J’ai eu l’occasion (p. 309) de dire comment j’envisage l’activité de l’attention et la spontanéité de l’esprit ; mais, même là où l’on admet cette spontanéité, on ne saurait lui accorder sur les idées un pouvoir de création ou d’évocation ex abrupto. Elle ne possède qu’un pouvoir de sélection sur les idées, telles que les lui présente le mécanisme de l’association. Mais si elle peut les souligner, les renforcer, les prolonger, ne fût-ce qu’une demi-seconde, je ne vois pas ce que peut exiger de plus l’avocat le plus fanatique du libre arbitre ; car elle a alors de quoi décider de l’orientation du courant conscientiel, et de quoi déterminer l’association immédiatement à venir en la suspendant à l’idée présente qu’elle renforce. Or, déterminer ainsi les pensées d’un homme, c’est également déterminer ses actions.