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CHAPITRE II

beaucoup plus pâle que de nuit. Quiconque a l’habitude de manier des poids sait qu’une demi-once ajoutée à une demi-once sur la main produit une différence immédiatement sentie, tandis qu’ajoutée à un quintal, elle passe absolument inaperçue. . .

« Le son de la pendule, la lumière des étoiles, le poids d’une demi-once sont tous des excitants de nos sens, et des excitants d’une force constamment égale. Dès lors, que nous apprennent ces expériences? Tout uniment ceci : qu’un seul et même excitant est senti avec plus ou moins de force ou n’est même pas senti du tout selon les circonstances où il agit. Maintenant, de quelle nature est ce chanment des circonstances qui produit ce changement de la sensation? Toujours de même nature, si l’on veut bien y regarder de près. Le tic-tac de la pendule est pour notre nerf auditif un excitant faible, que nous entendons parfaitement quand il est seul, mais que nous n’entendons plus quand il s’ajoute à l’excitant plus fort du roulement des voitures et à d’autres bruits. La lumière des étoiles est un excitant pour l’œil ; mais si l’excitation de cette lumière s’ajoute à l’excitation plus énergique de la lumière solaire, nous ne la percevons plus, tandis que nous la percevons distinctement quand elle s’unit à l’excitation plus faible du crépuscule. Le poids d’une demi-once est un excitant pour notre peau quand ibs’ajoute à un excitant de même intensité, mais il ne compte plus quand il s’ajoute à un excitant mille fois plus grand.

« Nous pouvons donc poser comme règle générale qu’un excitant, pour être senti, peut être d’autant plus petit que l’excitation première est plus petite, mais qu’il doit être d’autant plus grand que l’excitation première est plus grande... Le rapport le plus simple serait évidemment que la sensation croisse toujours exactement comme l’excitation... Mais si ce très simple rapport était le vrai..., les étoiles, par exemple, devraient toujours produire un égal accroissement de lumière perceptible en plein jour comme en pleine nuit. Or, nous savons que cela n’est pas... Il est donc évident que l’intensité de la sensation ne croît pas comme l’intensité de l’excitation, mais plus lentement

DE LA SENSATION EN GÉNÉRAL

qu'elle. Maintenant se pose cette question : dans quelle proportion l’accroissement de la sensation retarde-t-il sur l’accroissement de l’excitation? Pour y répondre, les expériences journalières ne suffisent plus. Nous avons besoin de mesures exactes, aussi bien des intensités des divers excitants que de l’intensité des sensations elles-

mêmes.

« Mais l’expérience journalière nous suggère au moins la méthode à suivre dans ces mesures. Il est impossible, nous l’avons vu, de mesurer directement l’intensité des sensations : nous ne pouvons marquer que des différences de sensations. Or, l’expérience nous a déjà montré que des différences très inégales dans les sensations pouvaient correspondre à des différences égales dans les excitations. Mais toutes ces expériences pouvaient se ramener à ceci que la même différence d’excitation dans un cas était sentie et dans un autre cas ne l’était pas du tout : on sent une demi-once ajoutée à une demi-once, mais non plus une demi-once ajoutée à un quintal... Pour arriver le plus rapidement possible à un résultat précis dans nos observations, le mieux est de partir d’une intensité quelconque de l'excitation, de noter quelle sensation elle nous donne, puis de voir de combien nous pouvons augmenter V excitation sans produire un changement sensible dans la sensation. Si nous aisons nos observations avec des quantités différentes de 1 excitant premier, forcément nous ferons également varier les quantités additionnelles nécessaires pour produire un changement dans la sensation. Pour être perceptible une lumière n’apas besoin, au crépuscule, d’être aussi brillante qu’une étoile : elle doit être beaucoup plus brillante pen- Int le jour. Si maintenant nous faisons de semblables observations pour toutes les intensités possibles des divers excitants, et si nous notons pour chaque intensité la quantité additionnelle requise pour produire le premier changement perceptible dans la sensation, nous aurons une série de valeurs numériques précises qui exprimeront immédiatement la loi des variations proportionnelles de 1 excitation et de la sensation...

« Des observations conformes à cette méthode sont parti

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