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CHAPITRE XVIII

Gette même loi d’habitude est encore à la base du mécanisme de la conservation. Qui dit conservation dit facilité de rappel, et rien de plus ; la seule preuve que nous ayons conservé, c’est que nous nous rappelons. La conservation n’est donc qu’un nom de la possibilité de penser à nouveau, et de la tendance à penser à nouveau, une expérience avec ses anciens concomitants. Quel que soit l’état de conscience qui d’aventure déclanche et actualise cette tendance, elle a son fondement permanent dans une systématisation de voies nerveuses, grâce auxquelles ledit état de conscience vient réveiller à la fois l’expérience ellemême avec ses anciens associés, le sentiment que le moi leur fut présent à tous, la croyance que tous furent réels, etc., bref tous les éléments que l’analyse nous a révélés dans le souvenir. Dans les cas de rappel instantané, tout surgit immédiatement à l’arrivée de l’état de conscience évocateur ; cette résurrection se fait attendre dans les cas de rappel lent. Mais, prompt ou lent, ce qui rend possible le rappel, et partant ce qui explique la conservation, n’est ni plus ni moins que les voies nerveuses qui relient les processus de l’expérience à rappeler à ceux de son évocateur occasionnel. Au repos, ces voies nerveuses sont la condition de la conservation ; en activité, elles sont la condition du rappel.

Schéma de physiologie cérébrale. — Un simple schéma va suffire à expliquer tout le mécanisme de la mémoire. Soit n un phénomène passé, o l’ensemble de ses « pièces d’identité » (concomitants, date, immanence du moi, chaleuret intimité, etc.,) etml’.état de conscience actuel propre à rappeler n. Soit iV, O, M les centres nerveux chargés de l’idéation de n, o, m. Figurons enfin par les lignes N-0 et M-N les voies nerveuses dont l’existence assure la conservation, et dont 1 excitation explique le rappel de n. Remarquez

LA MÉMOIRE

d’abord que la conservation de n ne comporte nullement la conservation en chair et en os d’une « idée », même inconsciente ; la conservation n’est aucunement un fait d’ordre psychologique, mais bien un pur fait physiologique. C’est, à vrai dire, un simple détail morphologique ; car la présence de voies nerveuses dans les derniers replis du cerveau n’est pas autre chose. Le rappel, par contre, est un fait psycho-physiologique, c’est-à-dire un fait à deux faces ; à sa face physiologique, il n’est que l’excitation des voies nerveuses dont nous

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