CHAPITRE XVIII
premières années longtemps après avoir oublié les autres.
Passons maintenant de la persistance des voies nerveuses à leur nombre.
Il est clair que plus se multiplient dans le cerveau les voies du type M-N, plus se multiplient les occasions possibles du rappel de n ; son évocation n’en devient que plus sûre, plus rapide et plus fréquente, grâce aux avenues plus nombreuses qui mènent à lui. En termes de psychologie, la conservation d’un souvenir est fonction du nombre de ses associations.
Prise à part, chaque association devient une ligne avec laquelle nous pêchons à l’hameçon le souvenir jusque dans les eaux profondes de l’inconscient. Toutes réunies, elles constituent un réseau qui rattache ce souvenir à tout le tissu de la pensée. Le « secret d’une bonne mémoire « n’est ainsi que l’art d’engager le souvenir dans de multiples et diverses associations. Mais, qu’est-ce que l’engager dans des associations, smon le penser sous le plus grand nombre possible de rapports ? Ainsi donc, de deux hommes munis d’un même coefficient de rétention naturelle et ayant exactement les mêmes expériences, celui-là aura la meilleure mémoire qui les pensera sous le plus grand nombre d aspects, et qui les systématisera dans un reseau de rapports plus serré. C’est là une vérité d ordre expérimental, que nous pouvons vérifier tous les jours. La p upart des hommes ont une excellente mémoire pour les faits qui concernent « leur partie ». Tout le monde connaît sans doute quelque athlète de college deplorablement nul en ses études, mais qui vous ahuri a vous réciter d’enfilée, tel un dictiL naire de statistiques sportives, les «records» de tous les jeux possibles à toutes les fêtes possibles Comment s en étonner, puisqu’il ne fait que songer à choses, que les comparer et les sérier sans cesse ^
LA MÉMOIRE
Elles ne sont rien moins que des détails incohérents pour lui ; elles font bel et bien partie d’une systématisation conceptuelle, grâce à quoi elles ne se perdent plus. C’est ainsi encore que le marchand retient des listes de prix, et l’homme politique les votes et les discours de ses collègues : mémoires copieuses qui surprennent les profanes, mais qu’explique aisément le fait d’ « y avoir toujours pensé ». Je ne serais nullement étonné que Darwin et Spencer, dont les livres attestent une si grande mémoire des faits, n aient eu qu’un cerveau à faculté de rétention moyenne. Quand un homme s’est de bonne heure donné pour tâche la vérification expérimentale d’une théorie comme l’évolution, son esprit n’est bientôt plus qu’un cep portant des grappes de faits, reliés ensemble par leurs rapports avec la théorie : tout fait nouveau discerné est un fait agrégé .; et ainsi s’accroît et s’élargit l’érudition. Mais ce n’est guère chez le théoricien qu’il convient de chercher la « mémoire sauteuse » ; tout objet étranger à sa doctrine n’existe pas pour lui : à peine l’a-t-il vu qu’il l’a déjà oublié. Son érudition encyclopédique peut se doubler d’une ignorance, presque aussi encyclopédique, de tout ce qui se perd dans les mailles de sa toile. Il n’est pas possible que vous n’ayez à l’esprit quelque spécimen de ces a savants » qui ignorent tant de choses, pour peu que vous ayez eu affaire à des hommes de science et d’étude.
Dans un système quelconque, chaque détail est relié à tous les autres par quelque rapport intelligible ; dès lors, tous concourent également à garantir sa conservation, ce qui rend son oubli à peu près impossible.
On voit maintenant pourquoi « le chaufîage » est une si détestable méthode. On sait comment l’on U chauffe » un examen. On se surmène quelques