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CHAPITRE XVIII

« tirés aux cheveux « , mais qui serviront dorénavant à rappeler les souvenirs.. L’alphabet figuré constitue l’une des mnémotechniques les plus connues et les plus utilisées. Par exemple, pour retenir des nombres, on fait correspondre à chaque chiffre une lettre ou un groupe de lettres, dont l’ensemble constitue l’alphahet figuré. On traduit ensuite les nombres par ces lettres, de façon à obtenir un mot, de préférence un mot capable de suggérer l’objet représenté par le nombre ; ce mot pourra ainsi rester dans la mémoire alors que le souvenir du nombre aura disparu (1). Le système récemment inventé par Loisette est beaucoup moins mécanique, et consiste à coudre le souvenir à des associations, qui doivent aider à le rappeler.

La reconnaissance. — Quand une perception se rencontre trop souvent, et dans des contextes trop variés, son image sans doute ne manque pas de se conserver et de se reproduire, voire même avec une facilité croissante : mais elle revient seule. Aussi ne peut-on plus la projeter avec quelque précision dans le passé, faute de connaître sa date. Bref, on s’en ressouvient bien ; on ne le reconnaît pas ; ses associés lui forment une couronne trop confuse pour qu’on puisse la localiser. Pareil résultat se produit également quand elle est accompagnée de détails qui devraient permettre de la localiser, mais de détails inarticulés, à processus naissants. Nous avons alors l’impression d’avoir déjà vu l’objet qu’il s’agit d’identifier ; mais où et quand ? nous ne le saurions dire, encore que nous pensions à chaque instant être sur le point de pouvoir le faire. Rien

(1) Voici un alphabet figuré assez répandu en Amérique: 1234567890 tnmrlshgfbs d j k V P c

ch. e Z

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LA MÉMOIRE

ne prouve mieux Faction de ces processus naissants sur la conscience que l’expérience bien connue du mot que l’on cherche én vain : on l’a « sur le bout de la langue », où on le sent qui vous démange ; cependant, il s’obstine à ne pas venir. Ainsi vous démangent au cours d’une perception ses associés sur le point de renaître ; et l’objet s’enveloppe d’une pénombre de « déjà vu », qui vous le rend familier sans que vous sachiez pourquoi.

Tout le monde doit avoir, un jour ou l’autre, éprouvé la curieuse impression d’avoir déjà antérieurement vécu l’instant présent avec tout son contenu, v. g. d’avoir déjà antérieurement dit ce qu’on dit en ce moment, à cette même place et aux mêmes personnes. C’est là ce « sentiment de préexistence » dont on a fait si grand mystère et tant disserté. Le D’’ Wigan l’attribue à une dissociation fonctionnelle des deux hémisphères, qui prendraient conscience d’une même expérience à quelque distance l’un de l’autre. Cependant le mystère est un peu exagéré, à mon avis. Maintes et maintes fois j’ai éprouvé ce phénomène, et toujours j’ai réussi à le ramener à un simple cas de souvenir; mais de souvenir d’abord imprécis, dont ne surnagent que quelques circonstances, celles qui rapprochent l’expérience passée de l’expérience présente, tandis que tardent à se dégager les circonstances qui les opposeraient l’une à l’autre et qui permettraient de dater le souvenir. Dès lors, l’état de conscience présent se borne à une perception vaguement auréolée d’un sentiment de passé. C’est à peu près l’explication donnée par le Lazarus, cet observateur si digne de foi. Il est à remarquer que la mystérieuse impression de préexistence disparaît sitôt que le souvenir retrouve son contexte entier et distinct.

L’oubli. — L’oubli est une fonction aussi utile que le souvenir dans la vie intellectuelle. Nous avons vu

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