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CHAPITRE XIX

râlement toute une expérience passée, mais n’en donnent que des éléments pris au hasard, et librement combinés, elles sont l’objet d’actes d imagination proprement dits.

L’imagination visuelle varie d’individu à individu. —

Nous pouvons garder, des sensations et des perceptions visuelles passées, soit des images distinctes et complètes, soit des images confuses, effacées ou incomplètes. Tous les hommes n’imaginent pas avec la même intensité, ni avec la même netteté, ni avec la même exactitude. Ces variations ne sont sans doute pas étrangères au sens et à l’importance que l’on peut donner à certaines discussions philosophiques, comme celle de Locke et de Berkeley sur l’existence et la nature des idées abstraites. Locke avait dit que nous possédons « l’idée générale de triangle », « idée qui n’est ni celle d’un triangle rectangle, ni celle d’un triangle à angles aigus et obtus, ni celle d’un triangle équilatéral, ni celle d’un triangle scalène, mais bien l’idée d’aucun et de tous ces triangles à la fois. » Sur quoi Berkeley remarque : « si quelqu’un a la faculté de se donner la représentation mentale de ce triangle-là, il est évidemment inutile de le contredire ; et je m’en garderai bien pour ma part. Tout ce que je demande à mes lecteurs, c’est de s’examiner à fond et avec précision : avez-vous, oui ou non, cette idée-là ? »

Jusqu’à ces toutes dernières années, bien des philosophes croyaient à l’existence d’un esprit humain prototype de tous les esprits individuels ; ce qui leur faisait émettre des propositions générales à valeur universelle sur les facultés, et en particulier sur r « Imagination ». Mais, tout récemment, de nombreuses expériences sont venues battre en brèche ce préjugé. L’ « Imagination » est un mythe : il n’y a que des imaginations, et qu’il faut étudier en détail.

l’imagination

M. Galton commença en 1880 des enquêtes statistiques, dont on peut dire qu’elles inaugurèrent une ère nouvelle de psychologie descriptive. 11 adressa à un grand nombre de personnes un même questionnaire, les invitant à décrire leur représentation mentale de la table de leur salle à manger à tel matin déterminé. Or, il se trouva que les descriptions varièrent à l’infini, et, chose curieuse, que des savants éminents firent généralement preuve dune faculté de visualisation bien inférieure à celle de jeunes gens et d’hommes insignifiants. On trouvera le détail de cette enquête dans les Inqmrtes mlo Haman Faculties de M. Galton, pages 83-114. Pour ma part, i’ai collectionné pendant longtemps les descriptions que mes étudiants me taisaient de leur imagination visuelle; et je dois dire quelles presentéreb toutes les variations mentionnées par M. Galton, avec en plus, des cas vraiment curieux et originaux.

A titre d’exemples et de documents, je cite ici quelques extraits de deux de ces descriptions, ou I on trouvera deux types opposés

l’un au sommet et l’autre au bas de 1 echelle. Mes deux sujets sont cousins germains, et petits-fils d un savant distingué. Voici ce qu’écrit celui qui possédé

une excellente imagination visuelle : .

« J’ai de la table où je déjeunai ce matin une image qui peut à la fois m’apparaltre ou eiîacee et sombre ou vive et brillante ; effacée, quand je veux l’imaginer mes yeux restant ouverts sur le monde extérieur ; vive et parfaitement nette, quand je me la représente les yeux fermés. — J e perçois d emblee tous les objets avec netteté ; cependant mon attention, venant à se fixer sur l’un d’eux, le rend beaucoup plus distinct encore. - Je me rappelle beaucoup mieux les couleurs que toute autre chose ; si, par exemple, j’avais à me rappeler une assiette a fleurs teintes.

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