CHAPITRE XIX
veux distincts dans ces mêmes centres, et pour que les processus qui engendrent le sentiment de présence réelle soient éveillés normalement par des courants venus des sens, et non pas par des courants venus des régions corticales voisines. Nous pouvons voir, en d’autres termes, pourquoi le processus de la sensation DOIT briser les processus normaux de l’idéation, si intenses soient-ils. Car, selon la très juste remarque du D" Münstersberg, « sans cette différenciation, nous ne pourrions plus distinguer la réalité du rêve, ni nous adapter aux phénomènes qui nous entourent ; agissant au hasard et sans intelligence, nous ne saurions alors vivre bien longtemps (1). »
Parfois, et par exception, les excitations intra-corticales suffisent à déterminer les fortes explosions. C’est ainsi que, pour l’ouïe, nous avons quelque peine à distinguer d’une image une sensation très faible et à peine perceptible. Quand nous entendons, la nuit, sonner une horloge très éloignée, notre imagination en reproduit facilement le son, timbre et rythme ; si bien qu’il nous est souvent difficile de discerner le dernier son réel du' premier son imaginaire qui le suit. Ainsi d’un enfant qui pleure quelque part au fond de la maison : nous ne savons parfois si nous l’entendons encore, ou si notre imagination prolonge sa mélopée. Certains violonistes utilisent cette particularité dans leurs finales en decrescendo : après avoir épuisé le pianissimo, ils gardent leur attitude penchée, tout en se gardant bien d’appuyer encore sur les cordes, ce qui fait que l’imagination des auditeurs leur fait entendre des sons inférieurs au pianissimo. — Il nous faudrait encore parler des hallucinations, tant de la vue que de l’ouïe ; réservons-les pour le chapitre suivant. Je me contenterai de signa-
(1) Müntersberg, Die Willenshandlung (1888), p. 129.
l’imagination
1er ici un tait encore inexpliqué ; différents observateurs (MM. Meyer, Ch. Féré, Scott of Ann Arbor et T. C. Smith, un de mes étudiants) ont relevé des images consécutives négatives d’objets simplement imaginés intérieurement, ce qui semblerait indiquer que l’acte d’imagination n’est pas sans déterminer dans la rétine elle-même quelque fatigue ou désintégration locales.