CHAPITRE XX
rement les unes dans les autres, du seul fait que toutes procèdent du même mécanisme de 1 association. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la conscience de l’objet nu enveloppe moins de processus d’association, et que la conscience de l’objet enrichi de relations éloignées enveloppe un plus grand nombre de ces processus.
Le contenu conscieniiel de la perception s explique donc par une combinaison de processus de sensation et de processus de reproduction. Tout objet concret est un composé de qualités sensibles, qui nous ont été révélées à différentes époques par différentes sensations immédiates. Quelques-unes de ces qualités nous apparaissent comme les éléments essentiels de l’objet, parce qu’elles sont plus constantes, ou plus intéressantes, ou plus importantes pour l’action, — telles, en général, les qualités tangibles de forme, de grandeur, de masse, etc. D’autres qualités moins constantes apparaissent au contraire comme plus ou moins accidentelles ou inessentielles. Les premières, disons-nous, constituent la réalité, et les secondes ne sont que des apparences. Ainsi, j’entends un bruit, et je dis que j’entends une voiture ; cependant le bruit n’est pas la voiture, ce n’en est qu’une des moindres propriétés. La voiture réelle est une chose qui" se touche, tout au plus une chose qui se touche et qui se voit ; le bruit n’a fait que l’évoquer dans l’imagination. Ainsi encore quand j’ai, comme en ce moment, la représentation visuelle d’une surface brune à lignes non parallèles et à angles inégaux, je dis que je vois mon bureau, c’est-à-dire une masse solide rectangulaire, toute en bois de noyer ; cependant ma représentation visuelle n’est aucunement ce bureau. Ce n’en est même pas la vision exacte ; ce n’en est qu’une perspective, où n’apparaissent que trois côtés sur quatre, et, qui plus est, diversement déformés. Il
LA PERCEPTION
n’empêche que ma perception mentale porte, plus ou moins, sur tout le bureau réel à forme régulière, avec ses quatre côtés, y compris celui que je ne voie pas, ses quatre angles droits, sa grandeur et son poids. Je n’ai euère moins conscience de tous ces détails de mon bureau que de son nom. Or l’évocation du nom est évidemment affaire d’association ; affaire d association donc aussi que l’évocation du côté invisible, de la grandeur, du poids, des angles droits, e c.
La Mture, comme le dit Reid, est avare de ses dons, et ne fera pas la dépense d’un insUnct pour Pleurer une connaissance que 1 evpenence et l.habitude peuvent nous acquérir sans lui. Ainsi ma perception Lluelle de mon bureau est tout entière faite d attributs actuellement sentis, et d’attributs autrefois sentis et maintenant reproduits, et composés ^
dans l’unité d’un objet portant un nom II faut aux entants une longue éducation des yeux et des oreilles avant qu’ils puissent percevoir les réalités que perçoivent les adultes. Toute perception est une percep-
“VlZlption n’est pas un état de conscience com-
msé — De ce que la perception s explique par une Lmbinaison de processus de sensation et de P™“ssj.* d’idéation, on ne saurait aucunement conclure qu e e tt fade de sensations et d’idées distinctes, dentelle opérerait la « fusion ». Elle saisit son objet par un sLl acte de conscience, où l’analyse ne saurait découvrir ni les sensations ni les idées telles qu elles seraient si chacune d’elles se produisait seule avec son seul processus. Nous pouvons souvent remarquer directement la transformation que subissent dans la couscience, au moment ou elles s’y doublent d’images ; leur qualité change alors sJus nos yeux. Prenez, par exemple, le petit casse-tete que nous avons déjà cité (p. 306) , W.ef Lompe Bohre ;