CHAPITRE XX
qui ne laisse pas de vous surprendre, parce que, par suite du trouble introduit dans vos associations par ce renversement de point de vue, elle vous arrive sous la forme d’une sensation nue, et non plus comme un élément de la perception coutumière d’un objet familier.
Une fois de plus, nous voici donc amenés à admettre que dans toute perception d’un objet soumis à nos sens, il n’y a plus de place pour la pure sensation de ses qualités. La pure sensation n’est pas une partie constitutive de la perception ; celle-là est une chose, et celle-ci en est une autre ; jaihais les deux ne peuvent être données ensemble, en raison de la diversité de leurs conditions cérébrales. On pourra jusqu’à un certain point parler de la ressemblance, mais jamais de l’identité de ces deux états de conscience.
Toute perception porte sur un objet à dessin précis ; cet objet est celui que la sensation donnée suggère comme sa cause la plus vraisemblable. — La perception trouve ses conditions cérébrales essentielles dans les anciennes voies d’association où s’irradie l’impression sensorielle. Supposez une impression fortement associée aux attributs d’un objet : cette impression étant sentie, cet objet est à peu près sûr d’être perçu. C’est ainsi qu’on reconnaît et nomme au premier coup d’œil des gens, des endroits, etc., depuis longtemps connus. Mais, que V impression vienne à s’associer à différents objets, et elle pourra alors se compléter aussi bien par l’évocation des propriétés de l’un que par l’évocation des propriétés différentes de l’autre; et cette alternative rendra la perception hésitante et douteuse. Le plus qu’on puisse dire alors, c’est que la perception portera sur un objet « vraisemblable », celui que l’habitude nous lera considérer comme la cause probable de l’impression sensorielle.
LA PERCEPTION
Il est intéressant de remarquer que, dans ces cas ambigus, la perception avorte rarement : on perçoit toujours quelque chose. Les deux séries d’attributs opposés, que peut s’associer l’impression, ne se neutralisent nullement l’une l’autre, et ne se superposent pas non plùs de façon à produire une tache. On perçoit généralement un objet, puis l’autre, les deux dans leur intégralité. Autrement dit, tous les processus cérébraux sont aptes à déterminer la perception d’un objet à dessin précis, ce que nous pouvons appeler une CONSCIENCE FIGURÉE. Si les voies nerveuses interfèrent, au moins interfèi^nt-elles de façon à composer des systématisations cohérentes, et, par là, à déterminer des perceptions d’ohjets précis, et non des salmigondis de sensations et d’images incohérentes. Même dans les cas où les fonctions cérébrales sont à moitié enrayées, la loi de « conscience figurée » tient encore ; ainsi en est-il dans les cas d’aphasie ou de somnolence. Une personne que le sommeil surprend soudain, tandis qu’elle lit à haute voix, lira mal évidemment ; mais elle n’émettra pas des syllabes au hasard ; elle fera plutôt des confusions, prenant « porte » pour « partir », ou « voisiner » pour « vaticiner », etc. ; ou même elle lira des phrases imaginaires, mais composées de mots précis qu elle substituera à ceux de son texte. Pareille chose se passe dans l’aphasie ; dans les cas hénins, le malade ne fait guère d’autre erreur que de remplacer les mots justes par des mots faux ; ce n’est que dans les cas graves qu’il ne peut plus articuler du tout. Tous ces faits accusent la subtilité des chaînes d’association, ainsi que la force et la délicatesse des liaisons entre voies nerveuses, liaisons qui, une fois établies entre un nombre quelconque de ces voies, tendent dans la suite à les faire vibrer toutes ensemble et harmoniquement. Soit un petit groupe de processus céré-