‹ Précis de psychologieChapitre 228 sur 348 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

braux élémentaires 0, commun à deux systèmes de processus A et B -, il pourra mettre en branle l’un de ces systèmes aussi bien que l’autre, selon que l’y déterminera d’aventure la direction du courant nerveux. Si ce courant trouve en 0 un point menant à B qui soit momentanément plus accessible que les points menant à A , ce petit avantage fera pencher la balance en faveur de tout le système B ; le courant, passant par ce point d’abord, se répandra ensuite

Fig. 63.

dans toutes les voies de 5 ; et à mesure qu’il y avancera, A deviendra de plus en plus impossible. Dans ce cas, les pensées correspondant à A et à .B auront des objets différents, quoique semblables en 0, qui peut d’ailleurs ne leur assurer qu’une similitude très limitée. Ainsi donc, les sensations les plus faibles peuvent évoquer la perception d'objets très déterminés et très précis, pour peu qu’ils aient un point commun avec les sensations que provoquent ordinairement ces objets.

Les illusions. — Gardons, pour faire court, le schème de la figure 63, en lui faisant maintenant représenter des objets au lieu de processus cérébraux. Supposons que les objets A et B pourraient très bien exciter tous deux la sensation 0, mais que, dans le cas présent, c’est à A qu’est dévolu ce rôle. Si donc 0 évoque A, on aura une perception vraie ; s’il évoque B, on a une perception fausse, une illusion. Vraie ou

la perception

fausse, la perception est ainsi le terme d un même processus.

Remarquez qu’en toute illusion l’erreur n est pas dans la donnée initiale, mais dans l’inférence qui s’y ajoute. Si l’on s’en tenait à 0, tout irait bien ; mais 0 détermine des suggestions fausses. Si, par exemple, O est une sensation visuelle, il pourra suggérer la présence d’un objet tactile, dont une expérience tactile ultérieure démontrera l’absence. Les « erreurs des sens », lanl exploitées par les anciens scepiiques, ne sont nullement des erreurs des sens, mah bien des erreurs de l’intelligence interprétant mal les données des sens (1). ...

Passons maintenant de ces généralités préliminaires à une étude détaillée des illusions. Les illusions viennent de deux sources principales : l’objet perçu à

ior't -, r 1 1

1) ou bien est la cause ordinaire, invétérée, ta plus

vraisemblable de 0, sans en être dans le cas présent la cause réelle ;

2) ou bien U obsède actuellement la conscience, qui est prédéterminée ainsi à se le laisser facilement suggérer par O.

Je vais rassembler rapidement un certain nombre d’exemples sous ces deux catégories. La première est la plus importante, car elle comprend un bon nombre de ces illusions tenaces auxquelles nous sommes tous exposés, et dont on ne se débarrasse que par des expériences répétées.

Illusions du premier type. — Une des plus connues a déjà été signalée par Aristote. Croisez deux doigts,

(1) Dans leMind, IX, p. 206, M. Binet souligne ce fait que l’objet de la fausse inférence relève toujours d’un autre sens que la donnée immédiate O. Les illusions d’optique sont générâlement des erreurs du toucher et-du sens musculaire, corrigées d’ailleurs à chaque fois par des expériences tactiles.

Page 1