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CHAPITRE XX

biles, nous pensons que c’est l’objet qui se meut. De là cette illusion bien connue : quand on a tourne quelque temps sur ses talons et que 1 on vient à s’arrêter, les objets environnants continuent à tourner dans le même sens où l’on tournait soi-même l’instant d’avant. Gela tient à ce que les yeux oscillent alors involontairement dans leurs orbites (sont atteints d’un ngsiagmus), ce dont on peut facilement se rendre compte en examinant les yeux de ceux qui éprouvent du vertige après avoir tourné ; 1 oscillation demeurant inconsciente, le mouvement senti est alors naturellement attribué aux objets. Cette impression disparaît d’ailleurs au bout de quelques secondes ; et on peut la faire cesser immédiatement en fixant volontairement les yeux sur un point donné.

Voici une illusion de mouvement tout opposée, que tout le monde doit avoir éprouvée quelque jour dans une gare. On se trouve dans un train rangé près d’un autre également arrêté ; celui ci se met soudain à glisser silencieusement à côté du nôtre, et nous avons l’impression que c’est nous qui partons, et lui qui reste. Ceci tient encore à la loi d’interprétation des sensations conformément à nos habitudes. D’ordinaire, en effet, quand nous nous déplaçons nousmêmes, à mesure que nous avançons, notre champ visuel glisse d’avant en arrière sur notre rétine. Pareil fait se produit également quand, au lieu d’avancer par nos propres moyens, nous avançons grâce au déplacement d’un train, d’une voiture ou d’un bateau qui nous emporte ; tout ce que nous voyons alors à travers la fenêtre du wagon, etc., nous paraît toujours glisser d’avant en arrière. Dans ces deux cas nous avons appris à interpréter les glissements des objets comme l’indice de notre propre marche en avant et de leur immobilité. Or c’est cette méthode de rectification que nous appliquons à tort

LA PERCEPTION

au train rangé près du nôtre, quand il démarre et fait glisser sur la fenêtre de notre wagon le défilé des siens ; et nous pensons encore que c’est lui qui reste et nous qui partons. Mais, pour peu que nous puissions apercevoir à travers ses fenêtres ou entre ses wagons un coin de la gare immobile, l’illusion tombe instantanément : nous le voyons partir et nous nous sentons rester. Cette nouvelle rectification n’est toujours qu’une application de la même loi d interprétation des sensations conformément à nos habitudes, et aux vraisemblances qu’elles nous suggèrent.

Voici une autre illusion causée par le mouvement , et dont Helmholtz a donné l’explication. Lorsque nous nous trouvons dans un train rapide, la plupart des objets immédiatement placés sur la voie, maisons, arbres, etc., nous apparaissent petits vus des portières. Gela tient à ce qu’un premier coup d’œil nous les fait percevoir trop rapprochés, à cause de la rapidité extraordinaire de leur fuite parallactique en arrière. Quand, en effet, nous avançons, tous les objets nous semblent glisser en arrière, ainsi que nous l’avons dit ; et ils paraissent glisser d’autant plus vite qu’ils sont plus près de nous. Ainsi se créet-il en nous une association entre proximité et fuite rapide ; si bien que, percevant un objet qui glisse rapidement, nous pensons le percevoir rapproché. Or, nous avons l’habitude déjuger que l’objet correspondant à une image rétinienne d’une grandeur donnée est en réalité d’autant plus petit qu’il est plus rapproché. Ainsi donc, et pour revenir à notre train, plus nous allons vite, plus les maisons et les arbres glissent vite en arrière ; plus ils glissent vite, plus ils se rapprochent de nous ; plus ils.se rapprochent, plus il faut qu’ils se rapetissent, en raison de l’interprétation spontanée des dimensions de leur image rétinienne.

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