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CHAPITRE XX

voyage, Darwin remarqua que les Fuégiens regardaient les chaloupes avec étonnement, tandis que le grand navire leur paraissait de ces choses naturelles « qui vont de soi ». Nous ne désirons mieux connaître que ce que nous connaissions déjà quelque peu. Les grandes fabriques de tissage, les énormes usines métallurgiques sont, pour la plupart d’entre nous, des réalités comme l’air, l’eau, le sol, et qui ne nous donnent pas plus à penser. Il « va de soi» qu’une pointe sèche ou une eau-forte doit être très belle : mais qu’on nous montre un dessin à la plume également beau, et voici que notre sympathie est immédiatement éveillée par la difficulté de la tâche et nous fait nous étonner de l’habileté du dessinateur. D’où le mot de cette vieille dame, en extase devant une peinture académique : « est-ce vraiment fait à la main ? »

Physiologie de la perception. — Nous en avons assez dit pour établir la loi générale de la perception : une partie de ce que nous percevons nous vient de V objet extérieur par le canal des sens, et Vautre partie, qui nest pas toujours la moindre, vienttoujoursdu dedans, c est-à-dire de notre conscience .

Au fond, nous n’avons ici qu’un cas particulier de ce mécanisme général que nous connaissons bien : nos centres nerveux sont des organes faits pour réagir aux impressions sensibles, et nos hémisphères.

que feriez-vous ? » « Je sauterais vivement de côté », vous répondra l’enfant. « Que non pas, pourrez-vous dire , c’est tout à fait inutile ! Vous pourriez aller tranquillement vous coucher, vous lever demain matin, attendre en paix le jour de votre confirmation, apprendre un métier et devenir aussi vieux que moi ; alors, mais alors seulement, le boulet de canon s'approcherait, et vous pourriez sauter de côté . Vous voyez par là l’énorme distance qu’il y a entre le ciel et nous ! » (K. Laxge, Über Apperception, 1879, p. 76).

LA PERCEPTION

en particulier, servent à introduire dans nos réactions des souvenirs de nos expériences passées. Ceci est bien vague, évidemment ; si nous voulons préciser un peu, voici l’explication la plus plausible à laquelle nous sommes naturellement amenés. La réaction cérébrale suit des voies nerveuses creusées par des expériences antérieures ; dès lors, l’objet qui provoque le plus habituellement l’activité de ces voies nerveuses devient l’objet qui a le plus de chances de provoquer leur activité actuelle; et il s’évoque- à ce titre dans la conscience, qui le perçoit. Ainsi donc, la réaction des hémisphères se ramène à la déflagration causée dans un certain système de voies nerveuses par un courant venu du dehors, à la suite de quoi surgit en nous une pensée déterminée, la pensée de l’objet perçu. Nous ne saurions guère pousser plus loin l’analyse.

Les hallucinations. — Donc, il y a continuité de la perception normale à l’illusion ; un même processus les explique toutes deux. D’autre part, nous pourrions fort bien appeler hallucinations les dernières illusions étudiées, quoique ce nom soit généralement réservé à une catégorie spéciale de perceptions fausses, que nous allons maintenant examiner. — On oppose d’ordinaire l’hallucination à l’illusion, en disant que celle-ci suppose la présence d’un excitant extérieur qu’on ne retrouve plus dans celle-là. Nous allons voir que ce critérium est faux, que l’hallucination ne comporte pas cette absence totale d’excitation externe, et qu’elle n’est souvent qu’un cas-limite d’illusion, caractérisé par une disproportion énorme entre la réaction cérébrale et l’excitation périphérique qui la déclanche. Les hallucinations surgissent en général à l’improviste, etrompent violemmentle cours des perceptions. Cependant, elles possèdent à divers degrés des marques rf’o6jecfiüi7éapparente. Notons d’ahord, m/fmine, une

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